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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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L’insulte en politique
[jeudi 22 juillet 2010 - 09:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Noms d'oiseaux. L'insulte en politique de la Restauration à nos jours
Thomas Bouchet
Éditeur : Stock
302 pages
Résumé : Guerres du verbe au Parlement.
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Une violence paradoxale

Les députés socialistes, huant l’orateur, jaillissent de leurs sièges ; quelques-uns se précipitent en direction du Premier ministre, qui vient d’accuser le dirigeant de leur part de "lâcheté" ; les huissiers, en nombre, s’interposent entre le chef du gouvernement et les élus menaçants. La scène a lieu le mardi 20 juin 2006, à 15h15. Le théâtre n’en est pas l’Amérique latine ou l’Europe du sud, mais l’Assemblée nationale française. Les protagonistes ont pour noms Dominique de Villepin et François Hollande. Le Palais Bourbon connaît, ce jour-là, un de ces moments récurrents où l’insulte transforme l’assemblée délibérative en champ de bataille.

C’est à ces moments que Thomas Bouchet, enseignant-chercheur à l’université de Bourgogne, consacre son ouvrage. Il connaît bien le sujet de la violence politique puisqu’il fut l’auteur, il y a dix ans, d’un récit des journées insurrectionnelles qui enflammèrent Paris les 5 et 6 juin 1832 à l’occasion des obsèques du général et député Jean Maximilien Lamarque   ; il a ensuite travaillé à l’étude de l’insulte en politique au sein d’un groupe de recherche de l’université de Dijon. C’est à ce titre qu’il a codirigé la publication de l’important colloque consacré à ce sujet en 2005  .

Dans l’ordre de la violence politique, celle qui affecte le milieu parlementaire paraît paradoxale. L’Assemblée nationale et le Sénat ne sont-ils pas le lieu privilégié de la délibération au service de l’intérêt général, assise sur la réflexion, la discussion ? La raison n’a-t-elle pas vocation à l’emporter sur la passion aux Palais-Bourbon et du Luxembourg ? C’est oublier qu’en sus des attentes (des illusions ?) des théoriciens français du parlementarisme en construction du XIXe siècle, la vie parlementaire en action s’est, également – d’abord ? –, constituée par l’expérience des assemblées révolutionnaires  . Thomas Bouchet nous emmène dans ce monde de l’insulte au sein de l’Assemblée nationale, qu’il décrit comme "un bon observatoire pour comprendre certaines violences codées ou débridées du conflit politique"  . Son livre témoigne également de l’intérêt renouvelé des historiens pour les figures de l’éloquence et du débat parlementaires  .

Scènes d’insultes

En quatorze chapitres, Thomas Bouchet mène l’étude d’autant de "moments" où l’insulte a fusé dans l’enceinte parlementaire, provoquant parfois un authentique déchaînement de fureur. Du règne de Louis XVIII au mandat de Jacques Chirac, le lecteur est emporté dans un voyage agité, surprenant, pittoresque, souvent drôle, parfois inquiétant ou révoltant. On assiste d’abord à l'expulsion du député Manuel, en 1823, accusé d'avoir fait l'apologie de l'exécution de Louis XVI. Thomas Bouchet consacre ensuite un chapitre à l'insulte par l'image avec le Ventre législatif de Daumier, qui offre une perspective hautement satirique sur la vie parlementaire à l’époque de la monarchie de Juillet  . Sous la Deuxième République, c'est à l'étude d'une maladresse du ministre des Finances Michel Goudchaux puis à l'analyse du cri du député Victor Hugo dénonçant le président de la République sous l'appellation de "Napoléon le Petit" que l'auteur nous entraîne. Cinq chapitres traitent de la Troisième République : la dénonciation de la Chambre rurale et pacifiste par le républicain Adolphe Crémieux en février 1871, l'attaque de Georges Clemenceau par Paul Déroulède en 1892, celle du comte de Bernis à l'encontre de Jean Jaurès en pleine affaire Dreyfus, la campagne communiste contre "Poincaré la Guerre" en 1922, puis celle de l'antisémite Xavier Vallat contre Léon Blum en juin 1936. Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, ce sont les communistes qui, comme autrefois contre Raymond Poincaré, illustrent la pratique de l'insulte, en s'en prenant à Robert Schuman et à Jules Moch au pire moment de la crise de 1947. Enfin, les trois derniers chapitres nous ramènent à notre République : le débat sur l'interruption volontaire de grossesse en 1974, la censure exercée à l’encontre de Jacques Toubon, Alain Madelin et François d'Aubert en 1984 et enfin l'altercation entre Dominique de Villepin et François Hollande en juin 2006. Chaque incident est replacé avec soin dans son contexte par Thomas Bouchet. La démarche est nécessaire pour comprendre le cadre plus étroit de l'insulte, puis expliquer en quoi tel propos est vécu comme insultant, voire déclenche une authentique douleur chez celui qui est ou se sent attaqué.

Titre du livre : Noms d'oiseaux. L'insulte en politique de la Restauration à nos jours
Auteur : Thomas Bouchet
Éditeur : Stock
Date de publication : 10/03/10
N° ISBN : 978-2-234-06313-6
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