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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Pour un urbanisme de régulation
[vendredi 16 juillet 2010 - 11:00]
Urbanisme
Couverture ouvrage
L'urbanisme d'après crise
Alain Bourdin
Éditeur : L'Aube
140 pages
Résumé : Critiquant vigoureusement l’urbanisme actuel et ses déficiences pour construire la ville d’après crise, Alain Bourdin nous offre dans cet essai des pistes pour concevoir de nouvelles manières de faire la ville. Une vision globale et stimulante.
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Alors que la crise a frappé un large spectre des secteurs de la production, l’urbanisme n’échappe pas à la règle et la faillite de la société d’aménagement Dubaï World en constitue un exemple fort. Ainsi, cette crise, en mettant à jour les limites de nos manières de faire la ville nous a révélé que nous arrivions à la fin d’un cycle de la production urbaine.

Dans ce contexte, comment repenser l’urbanisme, englué dans un système libéral, où des modèles de villes sont apparus comme exemplaires et vertueux ? Comment extraire l’urbanisme du néo-libéralisme et lui permettre de faire face aux incertitudes ?

 

Ces questionnements servent de point de départ à cet essai qui interroge l’actuel aménagement urbain et vise à penser les fondements de l’urbanisme d’après crise. Cette crise constitue en effet une occasion de redéfinir, de réorienter l’urbanisme ainsi que ses champs d’action et de réflexion. L’auteur se propose alors d’y réfléchir non pas en produisant de nouvelles certitudes mais "au contraire en commençant par fabriquer des ignorances, car celles-ci se construisent, se conquièrent tout autant que la vérité scientifique (…) il faut construire l’inconnu, le transformer en question, en énigme".

 

Des croyances instituées…

 

L’auteur retrace alors rapidement les préceptes de l’urbanisme tel qu’il est devenu au seuil du XXIème siècle. Avec des modèles de production de plus en plus similaires, avec des projets urbains financés par quelques groupes d’investisseurs, avec l’émergence de stars de l’architecture et d’aménageurs mondialisés, cet urbanisme s’est rapidement répandu sur le globe. Lié au libéralisme économique, à l’image et à l’évènementiel, l’urbanisme serait devenu pour l’auteur, porteur de dogmes et de méthodes pour faire la "bonne ville", instaurant de fait certaines pratiques comme immuables.

Orienté par l’hypothèse que derrière les croyances les plus établies de l’urbanisme libéral se cachent les énigmes sur lesquelles construire l’urbanisme d’après crise, Alain Bourdin travaille dans une première partie à déconstruire les dogmes pour concevoir de nouvelles manières de faire la ville. Tout d’abord, il détaille le flou qui entoure de nombreux concepts développés ces dernières années et sur lesquels les gestionnaires urbains s’appuient comme sur des vérités indétrônables pour développer leurs villes. L’influence universelle de quelques concepts phares serait advenue au fur et à mesure que la sphère initialement composée de stricts urbanistes et de politiques s’est élargie à de multiples acteurs et décisionnaires afin de décider ce qu’était une "bonne ville". La volonté de trouver un vocabulaire commun et partageable, louable en soi, a favorisé l’émergence de concepts flous, de "mots valises" qui deviennent si importants qu’ils structurent l’urbanisme d’aujourd’hui. C’est selon l’auteur à ce niveau qu’il existe un danger pour l’urbanisme. À travers divers exemples que ce soit "l’étalement urbain" ou la "mixité sociale", mots légitimant toutes sortes d’opérations urbaines, il montre que la réflexion urbaine s’appauvrit, qu’elle ne cherche plus à explorer l’ensemble des possibilités ainsi que les alternatives au modèle devenu croyance. Il semble qu’obnubilé par le vice de l’étalement urbain ou par les vertus de la mixité sociale, personne ne cherche plus à comprendre s’il peut exister des qualités à une faible densité ou à remettre en question la cohabitation. Car "les mots valises permettent de communiquer et de réduire les situations urbaines à un nombre très limité de dimensions".

L’auteur évoque ensuite les dimensions de l’évènement et de l’innovation qui font aujourd’hui partie intégrante de l’urbanisme mais n’en constituent pas moins des croyances limitant toute réflexion approfondie. En effet, au sein de la dynamique de concurrence qui anime le développement des villes et dans la volonté de développement local, les évènements ont pris une part de plus en plus importante dans les villes, qu’il s’agisse des foires internationales, des Jeux olympiques ou de simples fêtes de voisins. L’architecture devient également à sa manière évènement, on attire les vedettes pour créer du grandiose avec la volonté de changer l’image de la ville. Au nom de la compétitivité, l’aménagement "iconique" devient ainsi un réflexe voire un but dans l’urbanisme, tandis que l’on aurait oublié de réfléchir aux différentes manières d’améliorer le développement local ainsi que la vie urbaine. Si la concurrence peut avoir des effets positifs, l’auteur reproche à l’urbanisme libéral de ne pas s’interroger sur la notion même de compétitivité. Qu’est-ce qu’une ville qui fonctionne ? Sur quelles bases définir la compétitivité ? Comment "faire société" en dehors de l’organisation d’évènements rassembleurs ? L’auteur incite donc à questionner les notions d’innovation, de ville créative, de compétitivité qui constituent les leviers de nombreuses politiques urbaines. Croyant pouvoir sur simple volonté et à l’aide de quelques politiques créer un milieu effervescent, les urbanistes oublieraient certaines réalités contextuelles. Alain Bourdin rappelle que les espaces innovants sont souvent le fruit d’une longue histoire et de hasards. Mais l’influence de certaines croyances, notamment celle de ville créative remise en cause par l’auteur, incite les acteurs à l’oublier.

Titre du livre : L'urbanisme d'après crise
Auteur : Alain Bourdin
Éditeur : L'Aube
Collection : Monde en cours
Date de publication : 28/01/10
N° ISBN : 978-2815900232
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