On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Médiologie
Sa méthode ? La médiologie se présente pour Régis Debray comme une exigence et une forme de résistance. Autour de trois questions. "Qu’est ce que dit cet individu? De quelle manière ? Et surtout avec quel intérêt de me le dire ?". La thèse sur le changement de notre époque prend une forme plus consistance que la simple accumulation de détails et de commentaires acerbes : Régis Debray aligne du bout de sa plume, comme un fusil, les tares récurrentes de notre temps : l’argent et le consumérisme puisque désormais "la paillette joue la baguette", la démocratisation des égos et du narcissisme, la victimisation comme posture, l’esthétisation du vide comme dernière tentative de transcendance. L’ouvrage nous donne les clés de la question de Jean Baudrillard se demandant, il y a peu de temps encore, avec une ironie malicieuse: "Mais qui a tué la réalité ?" . Et Régis Debray de constater, un rien rapide : "Le rien est devenu tout". La médiologie est aussi un glissement vers une forme de détachement, une forme d’ironie, parfois une facilité.
Pourtant la finalité de l’ouvrage est de nous rappeler que les idées peuvent se renouveler et portent en elle la dissémination du futur. La question d’aujourd’hui est celle des moyens de la diffusion. Guy Debord envisageait le spectacle comme une métaphore englobante de nos rapports sociaux . Régis Debray envisage surtout le spectacle comme le lieu d’un engagement pour redonner du sens, pour redonner de la valeur aux choses. En ce sens, l’art se pose comme le premier moyen de transmission qui permette un retournement des images contre elles-mêmes. L’art, donc, comme moyen de subversion, de renouvellement, de résistance. Occuper, sinon ouvrir des espaces autonomes. Pour Régis Debray, la videosphère n’est pas seulement une impasse. Elle a ses ouvertures et son espace des possibles. Il le rappelle dans le chapitre sur l’exposition Terre natale, ailleurs commence ici de Paul Virilio et Raymond Depardon : "Réconciliant le voir et le lire, le virtuel peut transmuer le visuel et accroitre notre aptitude à déchiffrer le réel immédiat. Retourner les moyens de la télé contre la télé". Ouverture, ouverture, donc.
Engagement
Pour autant l’ouvrage est parfois exaspérant. Régis Debray se promène dans le livre avec ses blessures de l’égo, ses impuissances, sa retraite. Au point que l’impression de ressassement et de lassitude pointe. L’écriture est-elle alors seulement la retraite de l’action ? Un renoncement après la défaite ? Quelle crédibilité donner aujourd’hui à la gauche intellectuelle ? Encore une fois, l’ouvrage est aussi et surtout un ouvrage sur Régis Debray. Quand il réaffirme son engagement pour les marginaux, pour les déclassés, les "sans" ; quand il concède que l’époque ne lui correspond plus et qu’il n’en est qu’un observateur ; quand, enfin, lorsqu’il semble dire que le monde se tient désormais à distance, que toute volonté de changer radicalement la vie est vouée à l’échec, car la vidéosphère et la logique du libéralisme ont pour le moment gagné. Alors, bien que l’auteur se défende d’une quelconque ressemblance avec Jean Paul Sartre, l’ouvrage n’est pas sans rappeler sa formule dans Les Mots : "J’ai pris ma plume pour une épée. Je reconnais désormais son impuissance" .
Les Dégagements ? Le constat d’une société dont les fondements culturels et politiques vacillent chaque jour, et le besoin de justice comme réaffirmation d’un espace des possibles. Avec un axiome parmi d’autres. "Est sacré tout ce qui n’est pas à vendre et échappe à toute logique mercantile et utilitaire". Les dégagements sont une manière de réactiver nos envies, de maintenir une vigilance et une curiosité intellectuelle face aux évènements et aux détails d’aujourd’hui, avec ou contre Régis Debray, et c’est là tout le grand mérite de l’ouvrage. Certes, Régis Debray incarne depuis ses débuts tant de choses contradictoires pour les uns et les autres : la tentation de la révolution, l’admiration de la grandeur gaullienne, la page qui se tourne, le temps des illusions et des désillusions, et la littérature comme salut. Faudrait-il embrasser autre chose ? L’ouvrage a tout d’une bouteille à la mer devant ce que l’auteur appelle "l’inertie de l’intellectuel et de l’imaginaire". Parce que, bien que l’adage ne soit plus vraiment à la mode, "s’engager, c’est se souvenir". Balle au centre![]()
4 commentaires
victorlefevre
Si le verbe est haut et prolixe en néologismes, je ne pense pas que cet homme ai apporté quoique ce soit à la pensée. Il ne suffit pas de forger quelques mots - "vidéosphère", "médiologie"... - et tourner de jolis formules, pour être un intellectuel - même de gauche.
Et je ne sais pas si les intellectuels de gauche sont hors-jeu, en tout cas M.Debray me semble avoir pratiqué suffisamment les jeux du pouvoir pour ne plus pouvoir se dire du coté des déclassés et des marginaux.
GdeC
LLT
http://mediathequefrejus.over-blog.com/article-les-amis-de-la-mvm-notice-1-mars-2010-regis-debray-46025832.html
LLT
consacré à Dégagements.
LLT
http://mediathequefrejus.over-blog.com/article-les-amis-de-la-mvm-notice-1-mars-2010-regis-debray-46025832.htm