On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Donner un cadre aux social business
Les chapitres 5 et 7 sont cruciaux car ils traitent de la nécessité d’un cadre réglementaire et d’un environnement financier favorable pour les social business afin d’assurer le développement de cette forme d’entreprise dans l’économie. En effet, les social business lancés par M. Yunus (entendons entreprises ayant un objectif social, faisant des profits, mais sans dividende) ne correspondent à aucune forme d’entreprise connue jusque-là. D’ailleurs, l’auteur nous indique qu’il a opté pour une structure for profit – plutôt que non profit avec activité commerciale – pour chacune des entreprises Grameen, à défaut de structure plus adaptée. La structure actionnariale a donc été préférée afin de pouvoir émettre des actions et attirer des investisseurs potentiels non traditionnels n’attendant aucun retour sur investissement – on pense notamment aux fondations ou aux ONG. Yunus aborde ensuite l’idée de créer un statut approprié pour les social business . Il étudie notamment les statuts récemment créés en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis favorisant les entreprises sociales. Il n’en est pas entièrement satisfait : que ce soit dans le cas de la Community interest company (CIC) ou de la Low-profit limited liability company (L3C), les législateurs n’ont pas entièrement supprimé la distribution de dividendes – au cœur du concept de social business chez Yunus. Enfin, le professeur pose les questions qui nous tiennent à cœur lorsque l’on traite des social business : faut-il créer des incitations et exemptions fiscales pour ces entreprises, ne faudrait-il pas créer dès à présent des Fonds d’Investissements dédiés aux social business, et pourquoi pas une bourse où s’échangeraient les titres des entreprises sociales ?
La critique du père
Ce que nous critiquons dans cet ouvrage, ce sont les références omniprésentes aux initiatives estampillées "Grameen" lorsqu’il s’agit d’illustrer le concept de social business. En lisant ce livre, le lecteur pourrait donc avoir l’impression que le concept ne se résume qu’aux entreprises créées par M. Yunus et ses équipes. Certes nous louons son hyperactivité et son activisme, mais le professeur ne serait-il pas en train de s’auto-ériger en totem de cette discipline naissante ? Même si chaque discipline élit implicitement son lot de pères fondateurs, il nous semble indispensable de laisser un espace au débat. Nous regrettons ici la quasi-absence de références à d’autres initiatives du même type afin de montrer que le social business est une "révolution" en marche, pas seulement un mouvement autour d'un leader charismatique et de son Yunus Center… Car l’enjeu est de taille : parvenir à délimiter ce qu’est un social business et créer les conditions de son développement. Construire les social business, et non les figer dans le marbre![]()
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