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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Les apocryphes, miroirs des christianismes anciens
[mardi 13 juillet 2010 - 11:05]
Religion, Spiritualités
Couverture ouvrage
Les Apocryphes chrétiens des premiers siècles, Mémoire et traditions
collectif
Éditeur : Desclée de Brouwer
286 pages / 25,65 € sur
Résumé : Un ouvrage intéressant qui explore avec méthode les problématiques soulevées par les apocryphes sans jamais perdre de vue la matrice originelle du canon des Ecritures.
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Tout texte religieux, pour perdurer, s’inscrit dans un système d’écrits qu’on appelle corpus ou canon. Le canon est un mot grec qui désigne une "règle" et qui réfère donc à une norme. Si le processus de la constitution d’un corpus chrétien des Ecritures a été lent et complexe, la conscience de la nécessité de mettre en place une base scripturaire est apparue très tôt, notamment chez les Pères apostoliques. Sur le modèle de la Bible juive va ainsi se constituer progressivement, entre les II et  IVe siècles  , un corpus d’écrits censé définir la norme de la foi chrétienne. Le Nouveau Testament s’ajoutera à l’Ancien Testament mais il en modifiera l’interprétation en se focalisant sur la personne de Jésus et l’événement de la résurrection. De ce point de vue, l’Eglise naissante devra opérer un tri dans le foisonnement d’écrits chrétiens qui voient le jour dès le IIe siècle. L’enjeu est de définir la source de l’identité chrétienne et de rassembler les croyants autour d’une doctrine de la foi clairement définie susceptible d’assurer l’unité de l’Eglise naissante, l’essentiel étant, en ces temps incertains où le christianisme doit s’affirmer, de ne pas se laisser "égarer par les doctrines diverses et étrangères" (He 13, 9). Il faut en fait voir derrière cette formulation un peu obscure ce que l’on appelle les apocryphes, c’est-à-dire tous les textes rejetés du canon chrétien parce que jugés hérétiques ou peu orthodoxes du point de vue de la foi.


Or, depuis une trentaine d’années, les apocryphes font l’objet d’un net regain d’intérêt. En témoigne entre autres un colloque organisé sur le thème des Apocryphes chrétiens des premiers siècles en septembre 2007 à l’Institut catholique de Paris. L’Ecole doctorale Religion, Culture et Société "a voulu approfondir, à travers une recherche volontairement placée dans une perspective oecuménique, certains des enjeux essentiels de la théologie, [autrement dit] le statut de l’Ecriture, son interprétation, l’ecclésiologie et la question des ministères, la liturgie et la légitime diversité de l’expression de la foi" (Jacques-Noël Pérès  ). Ces problématiques sont évoquées dans les neuf chapitres du livre : "La lettre de Jésus à Abgar d’Edesse" ; "Aspects ecclésiologiques des traditions relatives aux apôtres" ; "La présentation de Marie au Temple : lorsque la liturgie devient lieu de transmission d’une tradition apocryphe" ; "La légende syriaque de l’invention de la Croix, implications politiques et théologiques" ; "L’art chrétien constitue-t-il (ou a-t-il constitué ) un art de plus ?" ; "La figure de Thomas dans quelques textes apocryphes" ; "(Ré)interpréter et (re)situer un texte gnostique de révélation : La Pensée première à la triple forme" ; "L’enfance de Jésus dans les évangiles canoniques et dans les apocryphes" ; "Le canon des Ecritures : genèse et statut de la Bible chrétienne".


La fécondité intellectuelle des apocryphes


Si l’on se réfère à l’étymologie grecque du mot "apocryphe" ("apokryphos") qui signifie "caché", "dissimulé", la littérature apocryphe -comprenant des évangiles, des épîtres, des actes d’apôtres et des apocalypses- correspondrait à des textes demeurés cachés au sein des communautés chrétiennes marginales. Un des intérêts majeurs de l’étude des apocryphes est précisément de mettre à jour les réalités multiples du christianisme ancien en en soulignant l’extrême fécondité intellectuelle. La première contribution de Béatrice Chevallier-Caseau   : "La lettre de Jésus à Abgar d’Edesse" met ainsi en perspective l’une des fonctions essentielles des apocryphes : satisfaire la curiosité ou l’envie des chrétiens en comblant les lacunes éventuelles des évangiles canoniques. La lettre, adressée par Jésus à Abgar, roi d’Edesse, gravement malade, fait suite à une première missive du roi qui lui demande d’intervenir en sa faveur  . Par-delà cet aspect purement miraculeux   et par-delà les nombreuses copies qui se trouvent directement associées à la protection des personnes ou des lieux  , l’auteur souligne la grande fécondité de ce texte apocryphe qui, à partir des V et VIe siècles, conduira à l’affirmation de l’existence d’un portrait de Jésus réalisé précisément par l’envoyé d’Abgar auprès du Fils de Dieu. Moment décisif où l’image prend le pas sur le texte, où la nécessité de connaître physiquement Jésus prend le pas sur le besoin d’accéder directement à sa pensée. D’ailleurs, "comme la lettre de Jésus, l’image du mandylion fut copiée de très nombreuses fois. Elle connaît une immense popularité dans toute la sphère d’influence byzantine et illustre le lien entre la littérature apocryphe et le développement de l’art chrétien".

Titre du livre : Les Apocryphes chrétiens des premiers siècles, Mémoire et traditions
Auteur : collectif
Éditeur : Desclée de Brouwer
Collection : Théologie à l'Université
Date de publication : 15/05/10
N° ISBN : 2220061019
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1 commentaire

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Arctus

19/07/10 18:44
Comme disait si bien NT Wright, bishop de Durham, "un évangile de plus et toujours pas d'évangile!"

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