Rédacteur

Professeur de science politique

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Les Démocrates américains entre la victoire d’Obama et les élections de mi-mandat
[mercredi 07 juillet 2010 - 12:00]
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* Cet article, également en ligne sur le blog de Laurent Bouvet, sera publié dans le N°39 de la Revue Socialiste qui paraît au mois d'août 2010. Une dizaine d’intellectuels européens contribueront à ce numéro consacré au "Débat socialiste en Europe".

 

La victoire de Barack Obama à l’élection présidentielle américaine de 2008 a sonné, pour nombre d’observateurs, la fin de "l’ère conservatrice"  . Outre le caractère historique de l’événement, la campagne électorale et l’arrivée au pouvoir d’Obama ont démontré de manière éclatante l’épuisement idéologique et politique de la "révolution conservatrice". Celle-là même qui avait été mise en œuvre par Ronald Reagan au début des années 1980 et dont George W. Bush a été le continuateur sous la double forme d’une radicalisation religieuse de la vie politique menée sous la pression des chrétiens fondamentalistes au sein du Parti républicain, et d’une politique étrangère bien plus idéaliste et dévastatrice – celle des fameux néo-conservateurs – que celle de ses prédécesseurs républicains (notamment celle de son père).
 
Avec l’arrivée au pouvoir d’Obama, une nouvelle page de l’histoire américaine allait donc nécessairement s’écrire. En mieux, évidemment.
 
Un an et demi après, les mêmes observateurs sont devenus plus prudents. L’exercice du pouvoir a immanquablement "usé" Obama. Sa manière de faire avancer pas à pas ses projets n’a pas toujours convaincu ses propres partisans – cela a été notamment le cas à propos du projet-phare de son Administration, la réforme de la santé – qui se sont fortement divisés en différentes occasions. Aussi les élections de mi-mandat (midterms  ) qui auront lieu en novembre prochain ne se présentent-elles pas sous les meilleurs auspices pour les candidats du Parti démocrate. Celui-ci pourrait même perdre la majorité à la Chambre des Représentants – il l’avait largement reprise pour la première fois depuis 1994 en 2006. Et, last but not least, les conservateurs, bien au-delà du Parti républicain, sont en train de se "réinventer" à une vitesse surprenante à partir de mouvements issus de la société (notamment à travers le Tea Party) et non sous l’impulsion d’un leader ou du parti.
 
Si bien que l’on peut légitimement s’interroger non tant sur la fin ou la poursuite de "l’ère conservatrice" – cette manière macroscopique de juger d’une évolution historique ne peut en effet se construire qu’a posteriori – mais plutôt, et plus prosaïquement, sur l’impact réel de l’élection et de l’année et demi de présidence d’Obama sur le renouveau tant attendu du Parti démocrate et sur la restructuration de la vie politique américaine autour de nouveaux enjeux, différents de ceux de la période précédente.
 
Pour répondre à cette interrogation, on peut décrire la situation politique américaine actuelle sous la forme d’un double paradoxe : alors que le Parti démocrate possède avec Obama un leader de tout premier ordre, qui plus est installé à la Maison-Blanche, ses difficultés viennent précisément de l’exercice très particulier du leadership par celui-ci ; le Parti républicain est  pour sa part en panne d’un leader susceptible de rassembler, et ce pour la première fois depuis bien longtemps, les différentes chapelles qui composent le vaste mouvement conservateur alors même qu’il bénéficie d’une large mobilisation de sa base autour d’un thème fédérateur, le rejet du Big government.
 
On se concentrera ici, faute de place, sur le premier paradoxe, celui des Démocrates, en tentant en particulier de voir s’il ne risque pas de les handicaper pour les élections de mi-mandat de novembre prochain.
 
Le président qui ne voulait pas être chef
 
Barack Obama incarne d’ores et déjà, alors qu’il est au pouvoir depuis moins de deux ans, un certain type, bien identifiable, de présidence. Il refuse en effet d’endosser le jeu partisan, il le critique même souvent et réfute la définition de la politique comme d’un affrontement idéologique. La politique est plutôt à ses yeux l’art de construire des compromis – en jouant de toute la palette des moyens y compris les plus durs – qui sont seuls à même de faire avancer le pays. Il s’agit donc d’un président réformiste et volontariste qui considère que son action doit produire des résultats tangibles sur la société américaine et la vie des Américains mais qui refuse toute considération idéologique, tout a priori. Il se présente ainsi volontiers comme post-partisan et tient à faire émerger des consensus bipartisans sur les projets qu’il défend  .
 
C’est un type de présidence relativement classique au regard de l’histoire américaine même si ça l’est moins dans la période contemporaine où l’affrontement partisan est devenu la règle, en raison notamment de la radicalisation des deux camps politiques – et dans la dernière période des Républicains tout particulièrement. Le discours volontariste appuyé sur l’unité que doit retrouver le pays (le fameux "Yes we can !"), très porteur pendant la campagne électorale de 2008, surtout après une présidence Bush qui avait beaucoup misé sur les divisions et les oppositions dans la société américaine, est aujourd’hui directement confronté à la réalité d’un environnement politique fait de multiples lignes de fractures à la fois entre Démocrates et Républicains et au sein même des deux camps.

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2 commentaires

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W@shington DC

09/07/10 03:30
Merci pour cet article. Sans surprise, de tres bonne facture... notamment le paragraphe consacre au focus organisationel (≠ politique) du parti democrate actuel. C'est un fait d'autant plus interessant qu'en France, ces discussions sur la structure de la campagne ne sont pas sur la place publique (ce qui, d'un certain cote, est quand meme relativement logique.)

Sur la premiere partie, en revanche, j'ai plus de reserves; il me semble notamment que votre description d'Obama est particulierement clemente...

- post-partisan? Il me semble difficile de penser qu'il s'agit de bcp plus que d'une posture. En tout cas, les resultats ne sont pas vraiment la. Newt Gingrich, lui, se dit "tri-partisan"... mais on voit bien dans un cas comme dans l'autre la manoeuvre politique... De plus, on peut se demander si le post-partisanisme, s'il venait a exister, serait une bonne chose pour la politique americaine et pour les americains... pas sur. Dans "post-partisan" ou "tri-partisan", j'entends surtout une etiquette que l'on s'attribue, comme un(e) homme/femme politique francais dirait "la politique politicienne, cela ne m'interesse pas--moi, je veux des resultats." Easier said than done...

- meme chose sur "Washington is broken." Evidemment! Mais qu'a fait Obama pour changer la donne? Je vois dans l'utilisation des nouvelles technologies et de l'Open Government Initiative (l'Open Government Memorandum etait le premier acts d'Obama en tant que President) un progres certain, mais il est loin d'avoir change les choses pour une majorite, meme une minorite, meme une petite minorite d'Americains. Bien sur, des sujets comme cela ne sont *pas* reglables en un mandat (cf. la deuxieme partie du discours de victoire d'Obama en Novembre 2008, ou, a peine elu il tentait de calmer les ardeurs de ceux qui l'avaient porte a la Maison Blanche.) Je trouve tout de meme qu'il n'y a pas enormement de choses a mettre a son credit dans ce domaine.

- enfin, sur la culture du compromis... beaucoup de Republicains (apres tout, ils sont humains aussi) trouveraient a redire a de tels propos. Sans tomber dans les exces d'une frange mediatisee qui fait de n'importe quel fait ou geste d'Obama une execution des testaments de Staline, Mao, et Ben Laden (oups, lui, il n'est pas mort...), il est sur et certain qu'entre la politique de relance et la reforme du healthcare, ou la volonte de deplacer les prisoniers de Guantanamo Bay vers les Etats-Unis, il y a peu de Republicains pour trouver Obama amene au compromis. Ces analyses sont-elles purement partisanes, et veillent-elles simplement a destabiliser Obama...? Difficile de le dire.

- derniere chose; sur les robocalls, je vais laisser Ben Smith et USA Today se faire ma voix:
http://www.politico.com/blogs/bensmith/0110/Obama_robocalls_for_Coakley.html
http://www.usatoday.com/news/politics/election2008/2008-10-22-robocalls_N.htm
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Brothe

08/07/10 20:43
Tres bon article :) Vu de NY (majoritairement democrate), ce que j'observe c'est que la reforme de la sante a fait beacoup de mecontents. Les republicains ne l'aiment pas par principe (et ne la comprennent pas), les independants non-politises ne voient pas la difference (la mise en place prend du temps) et les democrates pur jus regrette l'option publique, a savoir une sante publique pilotee par le gouvernement.

Aussi, les elus representent les electeurs aupres du parti, alors qu'en france les elus representent le parti aupres des electeurs. La perte ou la conservation d'une majorite est plus symbolique qu'utile. Une majorite tatillonne est parfois plus encombrante qu'une minorite soudee. Comme le montre le congres actuel, ou la minorite republicaine influe sur les votes en refusant tout compromis. Ainsi ils forcent Obama a negocier sec avec les democrates les plus conservateurs.

Si la majorite des democrate est plus resseree, elle sera probablement plus soudee.

Autre difference avec la france, il existe des journaux et des journalistes aux US. Il est donc possible de savoir qui vote quoi au congres. Les electeurs en tiennent compte.

Logiquement, les democrates vont perdre des sieges, mais devraient conserver la majorite, l'impulsion ('momentum') etant du cote de ces derniers, malgre tout. Une estimation fiable (www.fivethirtyeight.com) leur donnant la majorite avec 90% de chance.

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