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Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Socialisme et camping
[lundi 05 juillet 2010 - 23:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
Pourquoi pas le socialisme ?
Gerald Allan Cohen
Éditeur : L'Herne
57 pages / € sur
Résumé : Le socialisme est-il réalisable ? Et est-il souhaitable ? C'est à ces deux questions que Gerald Allan Cohen cherche à répondre dans cet essai.
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On pouvait, jusqu'à ces dernières semaines, regretter que le travail de Gerald Allan Cohen soit relativement peu connu en France et n'ait, surtout, pas fait l'objet de traductions. Celui que Jane O'Gready présentait, au lendemain de sa mort dans les pages du Guardian, comme étant "sans doute le principal philosophe politique de la gauche", mériterait certainement un peu de la notoriété dont Amartya Sen, entre autres, bénéficie désormais de ce côté-ci de la Manche. L'oubli est cependant derrière nous avec la publication récente du dernier écrit de Gerald Cohen, Pourquoi pas le socialisme ?.

 

Capable de ferrailler avec John Rawls (à qui il reprochait les effets pervers de son "principe de différence") et Robert Nozick (dont il démontrera notamment les limites d'une réflexion reposant sur le supposé antagonisme entre la liberté et l'égalité), Gerald Cohen s'était avant tout signalé dans le monde intellectuel international comme l'un des plus intéressants épigones de Marx. En 1978, en publiant Karl Marx's Theory of History: A Defence, cet enfant d'ouvriers canadiens posait en effet les jalons d'une pensée ambitionnant de lire le philosophe allemand à la lumière de la philosophie analytique du XXe siècle.

 

Cohen connaîtra par la suite une trajectoire qui le verra rejoindre le corps enseignant du prestigieux All Souls College d’Oxford et se rapprocher, lors des dernières années de sa vie, d'une pensée empreinte de christianisme, intéressée par les attitudes individuelles et leur influence sur le changement social. Se campant alors volontiers en "ex-marxiste", le philosophe ne renoncera cependant pas à croire aux vertus de l'égalitarisme, principale matrice du socialisme. Et c'est finalement cette conviction qui porte le court essai que publient les Éditions de l'Herne dans la collection des "Cahiers anti-capitalistes". 

 

Au fil de cette soixantaine de "petites" pages, Gerald Cohen pose en effet deux questions pour le moins essentielles dans un monde que l'on dit gouverné par le marché : le socialisme est-il réalisable ? Et le cas échéant, est-il souhaitable ?

 

Pourquoi pas le socialisme ? est construit autour d'une expérience de pensée que l'on pourrait résumer ainsi : et si les principes "socialistes" qui régulent efficacement et de manière incontestée la vie du camping, étaient transposés au reste de la société... C'est en effet le camping, où prédominent un égalitarisme spontané et une orientation de tous vers la réalisation et la protection de l'intérêt commun, qui s'affirme en laboratoire idéal du socialisme.

 

Le passage par le camping permet tout d'abord à Gerald A. Cohen de revenir de manière éclairante sur les formes que peut prendre l'égalité dans cet espace restreint : l'égalité bourgeoise des chances (qui lève "les restrictions posées par les assignations juridiques et les préjugés sociaux ou religieux"), l'égalité de gauche libérale (qui s'attaque aux déterminismes sociaux et valorise avant tout le mérite et les choix individuels) et l'égalité socialiste des chances (qui ajoute à la prise en compte des différences sociales celle des "différences innées"). C'est cette dernière qui a la préférence de Gerald Cohen, dans la mesure où elle ne tolère que certaines inégalités ; des inégalités auxquelles l'autre grand principe socialiste du camping, le "principe communautaire" (réciprocité désintéressée, souci du bien commun, etc.), est par ailleurs censé faire un sort. 

 

Les principes régissant la vie idéale de la communauté des vacanciers ayant fait leur preuve, reste cependant à en tester la pertinence dans un monde où le marché a sa place. Car c'est dans ce cadre que les questions de la réalisation et du bien fondé du socialisme, en devenant plus incertaines, prennent tout leur sens. La "société de marché", pour reprendre les termes mêmes de Gerald Cohen, est en effet construite sur des fondations en tout point opposées à celles du camping, la cupidité et la peur.

Titre du livre : Pourquoi pas le socialisme ?
Auteur : Gerald Allan Cohen
Éditeur : L'Herne
Collection : Carnets de l'Herne
Date de publication : 11/03/10
N° ISBN : 978-2851979216
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1 commentaire

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sumkar

09/07/10 22:44
On ne peut que se réjouir de la traduction de cet essai amusant. Pour les lecteurs qui voudraient aller un peu plus loin que l'expérience de pensée qui y est présenté, je recommande avant tout sa collection d'articles Self-ownership, freedom and equality (Cambridge UP 1995). C'est, à mon avis, son meilleur livre.

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