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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Socialisme et camping
[lundi 05 juillet 2010 - 23:00]
Science Politique
Couverture ouvrage
Pourquoi pas le socialisme ?
Gerald Allan Cohen
Éditeur : L'Herne
57 pages
Résumé : Le socialisme est-il réalisable ? Et est-il souhaitable ? C'est à ces deux questions que Gerald Allan Cohen cherche à répondre dans cet essai.
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C'est peut-être à cet instant - celui de la transposition du camping au cadre national - que Pourquoi pas le socialisme ? peut susciter quelque déception chez certains lecteurs. A la question "le socialisme est-il souhaitable à l'échelle nationale?", G. A. Cohen se contente en effet de répondre que l' "amitié sociale générale" caractérisant la vie du camping est nécessaire, même a minima, dans les sociétés modernes : "Plus il y a de communauté dans la société, mieux c'est"... Pourquoi pas, en effet.

 

L'effort théorique devient cependant plus conséquent dès lors qu'est abordée la seconde question : le socialisme est-il réalisable dans une société de marché où règne avant tout l'égoïsme ?

À cette question somme toute classique sont en général avancés des arguments qui, tout aussi classiquement, mettent l'accent sur la mauvaise nature de l'Homme et espèrent ainsi épuiser  toute velléité socialiste. Pourtant, estime Cohen, là n'est pas le problème. La faisabilité du socialisme se heurte en effet, et avant tout, à "l'inadaptation de notre technologie organisationnelle". Pour le dire autrement, tout se passe comme si l'Homme, pourtant enclin à la générosité, s'était en effet laissé convaincre que l'égoïsme est un bien meilleur moteur de l'économie que la solidarité et s'était organisé en conséquence. 

Pour autant, il semble bien qu'existent des "stratégies" permettant d'instiller les soucis égalitaires et communautaires dans les rouages de l'économie, à condition bien évidemment que les individus soient suffisamment altruistes pour accepter de voir leurs intérêts quelque peu restreints. L'Etat providence, qui "prélève une provision importante sur le système du marché", semble le confirmer, tout comme le "socialisme de marché", que Cohen nous invite à réévaluer dans les dernières pages de cet essai en s'appuyant sur les propositions de son confrère Joe Roemer... et en affirmant, finalement, le caractère parfois inégalitaire de cette domestication du marché. Et Cohen de conclure que les socialistes ignorent "encore" comment appliquer à l'échelle d'une nation les principes vertueux régissant le camping.

 

 

Que l'ancien professeur d'Oxford ne réponde finalement pas aux deux questions qui ouvrent cet essai - ou pas totalement - n'est peut-être pas le plus important. Le plus important est certainement d'oser les poser, de rappeler leur légitimité intellectuelle alors même que certains pourraient penser qu'elles ont fait leur temps. Les poser, c'est en effet contribuer à déconstruire tous les discours sur l'efficacité, la "réforme" ou l'évaluation. Il ne s'agit jamais que d'euphémisations de la logique du marché, avancées sur le mode du "Cela va de soi" et du "bon sens". 

 

On peut enfin ajouter que son format, le ton et le style aéré adoptés par Cohen ainsi que les exemples mobilisés, ne font pas de cet essai une sorte de Socialisme pour les nuls mais un essai enlevé, mettant en valeur des points essentiels de la réflexion sur le socialisme et, plus encore, sur la justice sociale.

 

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1 commentaire

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sumkar

09/07/10 22:44
On ne peut que se réjouir de la traduction de cet essai amusant. Pour les lecteurs qui voudraient aller un peu plus loin que l'expérience de pensée qui y est présenté, je recommande avant tout sa collection d'articles Self-ownership, freedom and equality (Cambridge UP 1995). C'est, à mon avis, son meilleur livre.

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