On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Katô Shûichi analyse également deux espaces fermés paradigmatiques : la maison de thé et la maison, que trois principes régissent. D’abord, celui de "fond" à entendre comme un mouvement vers un lieu à l’écart et secret dans la maison. Puis celui d’horizontalité qui s’explique par le rapport du japonais au divin et que renforce le premier principe. Le dernier principe est celui d’"ajout" à l’œuvre dans toutes les constructions, les bâtiments publics, les temples, les palais et les villages. Ainsi, au Japon, une maison se construit au fil du temps pièce après pièce. Son espace intérieur occupe progressivement ce qui lui était extérieur. De ce fait, l’architecture ne répond pas, comme en Europe, à un plan global conçu avant la construction du bâtiment et le principe d’ajout exclut ipso facto tout principe de symétrie à l’œuvre dans des constructions telles que le château de Versailles ou le palais impérial de la Cité interdite à Pékin. L’asymétrie est donc la règle dans les jardins comme, d’ailleurs, dans la poésie et dans la peinture japonaise . C’est l’expression de la prévalence de la partie sur le tout ou encore l’expression dans l’espace du "maintenant" du temps.
Enfin, l’espace fermé induit des comportements sociaux toujours d’actualité. La société japonaise, depuis des siècles et aujourd’hui encore, ne porte attention aux influences venues de l’étranger (culturelles, sociales, politiques, techniques, commerciales…) que dans la mesure où celles-ci ont un rapport direct avec ce qui se passe à l’intérieur du pays et servent ses intérêts vitaux. Cela explique qu'à l’intérieur de la société, le groupe, comme entité close à préserver, prévaut sur l’individu et en cas de conflit entre le groupe et un de ses membres, c’est l’intérêt du groupe qui est premier. Ce qui induit des situations insupportables pour certains individus, les conduisant au suicide, comme cela se passe au sein de grosses entreprises.
Dans la troisième partie très brève, La culture de "l’ici et maintenant", Katô Shûichi reprend les catégories du temps et de l’espace pour interroger les pratiques actuelles de la société japonaise : priorité au soutien à l’intérêt national, culture de l’instant que la scène du nô approfondit, désir d’évasion par le voyage mais beaucoup plus rarement par l’exil. Reste le zen comme évasion intérieure que l’auteur ne fait qu’évoquer.
En conclusion, l’essai de Katô Shûichi, très bien servi par les notes précieuses et documentées du traducteur Christophe Sabouret, est une mine d’informations sur le Japon. L’auteur met bien en évidence la façon dont la relation au temps et à l’espace dans la société japonaise conditionne ses représentations mentales collectives et individuelles plus ou moins conscientes, et déterminent les structures sociales, politiques et peut-être même psychiques. Ce dernier aspect resterait cependant à démontrer. L’ouvrage est une porte ouverte sur une culture dont les codes échappent souvent aux Occidentaux![]()
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