Une autre prospérité nécessaire et possible ?
[jeudi 01 juillet 2010 - 20:00]
Environnement et développement durable
Prospérité sans croissance
Tim Jackson
Éditeur : De Boeck
Tim Jackson de manière réaliste plaide d’ailleurs pour une transition vers l’économie durable, où le découplage relatif même s’il est insuffisant s’avère indispensable, où la relance verte de l’économie, inégalement observée d’un pays à l’autre, apparaît comme une exigence face à la crise pour protéger l’emploi et accélérer l’adaptation de l’appareil productif dans le sens d’une plus grande sobriété en carbone. En filigrane se dessinent aussi les nouveaux moteurs de croissance, basés sur des sources d’énergies non polluantes, la vente de services non matériels, et de produits non polluants. Le germe d’une nouvelle économie apparaît dans les entreprises sociales ou locales fondées sur le collectif promises à l’essor et des comportements privilégiant l’usage à la propriété des biens. Plus largement, il serait plus juste d’évoquer l’innovation environnementale et sociale tant en termes de services et de technologies. Car si on ne peut tout attendre de la technologie, l’innovation et les transferts en la matière vont s’avérer déterminants et prometteurs pour opérer la transition vers un modèle de développement soutenable.
Si on en vient aux moyens pour aller dans ce sens, Tim Jackson identifie plusieurs facteurs déterminants. Au premier rang d’entre eux figurent l’ambition politique et l’exigence du leadership qui doit susciter l’adhésion populaire. C’est bien une autre gouvernance qu’il s’agit de faire prévaloir pour façonner un monde social à partir d’une vision nouvelle de la prospérité et des normes susceptibles de la préserver. À cet égard les États disposent d’une palette d’outils et de signaux pour influer sur les comportements des individus et des entreprises. Parmi ceux-ci, la fiscalité doit sans doute être remise à plat dans le cadre d’une réforme d’ensemble intégrant pleinement ces impératifs. L’idée émerge désormais dans le discours politique. Le second facteur décisif réside dans des investissements et un partenariat public-privé revisité qui aurait mérité d’être plus développé et qu’on retrouve au cœur de la mise en œuvre des orientations stratégiques que nous avons connues en France avec le grand emprunt. L’investissement pour accompagner l’émergence de cette nouvelle économie devra ainsi être beaucoup plus orienté vers la transformation écologique, mais aussi sociale serait-on tenté d’ajouter. Le développement d’outils d’épargne plus adéquats avec des rendements attendus plus raisonnables mais également plus pérennes, l’accompagnement par des mesures incitatives seront nécessaires. Les investissements dans l’emploi, les actifs et les infrastructures (éco-efficacité des bâtiments, énergies renouvelables, conception renouvelée des services en réseau notamment électrique, transports publics, protection de l’écosystème, formation) sont notamment mis en avant ainsi que les transferts en capitaux destinés à faciliter la transition écologique dans les pays en voie de développement.
En définitive, l’interpellation à laquelle conduit l’ouvrage de Tim Jackson est des plus pertinentes, elle invite chacun à penser de manière politique et pratique les moyens de concevoir et de conduire le dépassement d’un modèle dont la crise actuelle révèle le niveau d’épuisement
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