Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale. 
Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.
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Depuis l’accord de Madrid mettant fin à l’occupation espagnole, signé en 1975 par le Maroc, l’Espagne et la Mauritanie, le conflit au Sahara Occidental n’a toujours pas trouvé de solution. Peuplé de 400 000 habitants, ce territoire de 266 000 km2 a connu un conflit armé jusqu’en 1991 (date du cessez-le-feu), conflit plus feutré depuis cette date, entre le Maroc d’une part, puissance qui administre de fait le territoire, et les indépendantistes du Front Polisario d’autre part, armés, soutenus et hébergés par l’Algérie.
L’ouvrage Autonomie au Sahara. Prélude au Maghreb des régions s’efforce de replacer la question du Sahara Occidental dans un contexte plus large, celui de l’autonomisation de territoires au sein des Etats. Ancien haut-fonctionnaire à l’ONU, Abdelhamid El Ouali y défend la thèse selon laquelle la proposition marocaine d’autonomie, présentée à l’ONU en 2007, constituerait d’après lui la seule solution crédible (face à une indépendance réclamée par le Front Polisario jugée "irréaliste") pour mettre fin à un conflit qui alimente la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, dont la frontière terrestre reste fermée depuis 1988.
Le livre est constitué de trois grandes parties. Evoquant de façon transversale la mutation du concept d’autodétermination et les nouvelles formes de territorialisation d’une souveraineté étatique renouvelée, le livre parvient à replacer les événements dans leur contexte historique et s’emploie à adopter une posture prospective sans téléologie.
Dans la première partie, l’auteur explique comment l’autonomie territoriale est peu à peu devenue une autodétermination démocratique au niveau infra-étatique. Cette autonomie est un facteur de survie d’une forme postmoderne de l’Etat, affaibli notamment par les incidences de la mondialisation et la résurgence des phénomènes identitaires que connaissent parfois les pays en voie de développement depuis leurs indépendances. L’auteur valorise le caractère consensuel de l’autonomie territoriale, permettant à la fois à l’Etat de préserver son unité territoriale et aux droits des minorités d’être respectés autant que leurs identités reconnues. En évoquant les exemples de régions autonomes dans d’autres pays, la Catalogne en Espagne, les îles d’Aland en Finlande et le Groenland au Danemark, il montre que l’autonomie est une réussite quand elle est fondée sur un sens historique et un accord des populations concernées.
La seconde partie de l’ouvrage traite quant à elle de ce que l’auteur appelle "l’échec programmé de l’autodétermination – indépendance". Cette partie rappelle la rupture de l’intégrité territoriale du Maroc par le colonialisme français et espagnol, puis explique comment l’indépendance du pays en 1956 a marqué le début d’une succession d’étapes (la Marche Verte en 1975 notamment) vers le recouvrement de la totalité de son territoire (Ifni, Rio de Oro…), les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla en constituant aujourd’hui encore les séquelles. L’auteur explique également, avec des arguments dont le caractère convaincant est variable, les raisons du soutien initial de l’Espagne et de l’appui permanent de l’Algérie aux indépendantistes par les difficultés à accepter la fin de son Empire pour la première et la rivalité entretenue par la deuxième avec son voisin, dans un contexte de guerre froide où Rabat est amarré à l’ouest quand Alger regarde vers Moscou. Après l’édification d’un mur par le Maroc dans les années 1980, les années 1990 sont marquées par les tentatives de médiation de l’ONU (opération de maintien de la paix par la MINURSO) et la perspective de référendum proposée aux sahraouis. Le désaccord persistant entre les parties sur la délimitation du corps électoral à prendre en compte et la position marocaine selon laquelle les liens d’allégeance entre les tribus et le souverain alaouite ne sauraient passer par le tamis d’un référendum, pourtant accepté par Hassan II afin de temporiser ("le temps joue pour nous" avait-il coutume de dire), ont rendu la perspective de l’organisation d’un tel scrutin très peu probable. L’avis consultatif rendu par la Cour Internationale de Justice (1975) sur le sujet alimente d’ailleurs toujours la controverse entre partisans de l’indépendance (droit à l’autodétermination) et défenseurs de l’intégrité territoriale (liens historiques d’un pays qui s’étendait par le passé jusqu’à Tombouctou). Jusqu’aux années 2000, malgré le changement politique à Alger et la transition à Rabat sous l’égide du roi Mohammed VI, toute solution est restée bloquée, jusqu’à l’initiative que l’auteur présente comme une "solution alternative crédible".
15 commentaires
ballak
à se documenter davantage...
lewatmrarka
istanbul se trouve en europe et pas en asie, donc rien avoir, en revanche dans les 2 cas, il s'agit bien de de conquêtes, la seule différence la turquie existait bien avant le maroc et istambul c'est byzance.
contrairement au maroc la turqui n'a pas fais de concession.
Déborah
Kabs
C'est donc la richesse d'un côté et la misère de l'autre ! Où est la générosité musulmane, où est encore la solidarité révolutionnaire que le président Bouteflika lui-même, autrefois arpentant les estrades de l'ONU avec des accents guévaristes, ne cessait de vanter ?
Byzance
Quelle est la légitimité d'Istanbule en plus par rapport à Ceuta et Melila ? Dans les deux cas ce sont des conquêtes qui tiennent. A moins qu'il y ait des conquêtes plus nobles que d'autres...