Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Le sociologue Fabrice Fernandez publie sa thèse à laquelle il aura travaillé près de dix ans. Dans sa recherche ethnographique, il étudie l’imbrication de divers problèmes sociaux et sanitaires : santé publique et individuelle, précarité et errance, contrôles sociaux et enfermement. S’intéressant aux interactions en jeu dans le monde de la drogue, il a travaillé sur tous les terrains impliqués : celui des usagers, des associations de prévention des risques sanitaires, des institutions, hôpitaux et prisons. L’apport sans précédent de son travail, relativement aux études concernant le terrain toxicomaniaque, tient à sa méthode inductive (partir des faits pour en tirer les principes d’action), seule capable de "saisir le sens endogène des pratiques à risques" .
Emprise de la drogue : entre errance et prison
"Comment les drogues exercent-elles leur emprise ?" . Cette première question que pose le chercheur marque la perspective choisie : en effet, pour y répondre Fernandez s’est immergé dans les "mondes de la grande marginalité urbaine : trottoirs, squats, shootoirs, lieux de deals ou de défonce, associations de préventions, hôpitaux et maisons d’arrêt" . C’est donc à partir des récits des parcours entre errance et prison des consommateurs de drogues qu’il a rencontrés et dont il a recueilli les témoignages qu’il tente de comprendre ce qu’est l’expérience totale entre expérience carcérale et expérience toxicomaniaque. L’entreprise de cette recherche devient alors presque celle de rendre intelligibles les lignes biographiques de ces vies marquées par les ruptures (des liens familiaux, sociaux, dans les rythmes de la consommation si incarcération, etc.), la dépendance à la drogue marquant une rupture biographique cruciale puisqu’il ne s’agit plus à ce moment de rechercher le plaisir dans la défonce mais d’enrayer la souffrance qui survient avec le manque.
"Ce livre rend compte du circuit en vase clos de l’errance à la prison de celles et ceux, fugueurs, sans papiers, sortants de prison, travailleurs au noir, 'petits dealers', voleurs, mendiants ou prostitué(e)s qui basculant souvent du rôle de simples consommateurs à celui de vendeurs, rabatteurs, guetteurs, coursiers ou modous , vivent et parfois survivent dans l’économie souterraine" et "ce livre interroge la capacité d’action de ces êtres sous influence soumis à des mécanismes de domination particulièrement prégnants".
La fonction narrative : récit de soi et réappropriation de soi
En donnant la parole à ces "individus par défaut" , le chercheur les rend acteurs de l’étude et non objets de l’étude . Sa démarche visant à faire émerger un récit de soi, d’autant plus difficile que ses interlocuteurs ont fait, ou font encore, l’expérience de la perte de soi, ont une image dégradée de soi. Reprenant la notion d’ "expérience totale" forgée par Robert Castel qui désigne un "mode de vie exclusivement organisé autour d’une seule finalité" , Fernandez la développe sous le prisme de l’instant où "la came devient à la fois le problème et la solution" , où le corps lui-même est pénétré, envahi par le rapport douleur/plaisir. L’ "expérience totale" peut être présentée autant comme "une expérience intime, un jardin secret qui fascine, engendre de la peur et suscite un sentiment de honte" que comme la "dernière frontière morale faisant basculer dans un monde totalement vide de sens. Ceux qui l’ont approché ont eu l’impression de se mettre entièrement au service de la drogue et gardent un sentiment de dégoût d’eux-mêmes" .
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Anodyn
Pascal93
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