On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Martin Hirsch était l’invité ce lundi 21 juin de la sixième édition de la Cité des Livres, débat organisé par Nonfiction.fr et la Fondation Jean-Jaurès. Il a présenté son livre Secrets de fabrication. Le débat était animé par Frédéric Martel, rédacteur de chef de Nonfiction.fr et Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès.
Avant de parler plus précisément du revenu de solidarité active (RSA), la discussion s’est centrée sur l’expérience de Martin Hirsch au sein du gouvernement, auquel il reste loyal dans son livre.
Quel bilan après trois ans au gouvernement ?
Martin Hirsch a rappelé qu’il était entré au gouvernement tout en conservant ses idées politiques et ses divergences sur certains sujets comme la franchise médicale, le bouclier fiscal, le débat sur l’identité nationale ou la politique du logement.
Selon lui, le bilan du gouvernement est bon en ce qui concerne notamment la politique européenne (la présidence française ainsi que la sortie de l’impasse après le refus du traité de Lisbonne). Concernant les symboles de richesse et la réalité de la redistribution, il estime cependant que la situation s’est plutôt aggravée ces dernières années. Il est revenu sur la question de l’impôt sur le revenu et le "mythe" existant en France selon lequel seuls 50 % des Français payeraient cet impôt : c’est oublier la contribution sociale généralisée (CSG) qui fait que 100 % des Français sont imposés sur leurs revenus. Le bouclier fiscal également a été inventé par la gauche (Michel Rocard, Pierre Bérégovoy) en 1988 avec la "clause de sauvegarde" selon laquelle il faut plafonner l’imposition pour empêcher que des personnes à haut revenu puissent être imposées à 100 %. Martin Hirsch a alors rappelé qu’en France seules les personnes les plus pauvres peuvent dans les faits être taxées à 100 %, ce qui représente un paradoxe fondamental de la politique sociale.
Les 20 % de la population gênants en termes politiques
Le RSA peut être à la hauteur selon Martin Hirsch des grandes réformes sociales concernant la défense des plus démunis, tout comme le revenu minimum d'insertion (RMI), instauré en 1988 et la couverture médicale universelle (CMU) dix ans après. Ces réformes concernent une partie de la population, environ 20 %, ayant les revenus les plus faibles : ces personnes sont très gênantes en termes politiques. En effet, s’occuper de cette frange de la population entraîne un risque de s’aliéner les 80 % restants en termes électoraux. Ces 20 % sont donc laissés à la charge des associations et du secteur caritatif.
Martin Hirsch a expliqué un paradoxe important de cette situation qui est que les pauvres et les plus pauvres sont souvent ligués les uns contre les autres au lieu de s’unir : l’ennemi du salarié modeste est celui qui ne travaille pas ou celui du salarié en contrat à durée indéterminée (CDI) est le salarié en contrat à durée déterminée (CDD). Le RSA concerne donc ces personnes délaissées par la représentation politique : pour celles-ci, il n’existe en effet aucune représentation politique et elles sont donc souvent seules face à leurs employeurs ou leurs conseillers à Pôle Emploi.
Selon l’ex-haut-commissaire, ces personnes représentent donc un "poids politique" à gauche comme à droite, et de nombreuses mesures prises dans le domaine social par les différents gouvernements des deux bords ces vingt dernières années se ressemblent : les 35h sont en effet selon lui une invention de Gilles de Robien ; la CSG, une idée de la droite mise en œuvre par la gauche.
La méthode du RSA
Martin Hirsch est ensuite revenu sur la méthode utilisée pour mettre en place le RSA. Celui-ci a été conçu début 2005 avant d’évoluer.
Une concertation a tout d’abord été menée entre les différents partenaires sociaux (organisations syndicales et patronales) autour des questions de lutte contre la pauvreté, de minimas sociaux, ou de compléments pour les travailleurs pauvres. Un compromis a fini par être trouvé entre les organisations syndicales qui défendaient une augmentation du SMIC et les organisations patronales soutenant au contraire une suppression de celui-ci. En effet, aucune grande politique sociale ne peut être conduite aujourd’hui par un seul acteur : il faut concilier l’Etat, les collectivités locales, les syndicats et les associations qui peuvent chacun bloquer le système. Martin Hirsch a ainsi rappelé que la France est dans une situation de cohabitation entre un pouvoir central à droite et un pouvoir local majoritairement à gauche. Pour espérer mettre en place une politique particulière, notamment dans le domaine social, il faut donc trouver un compromis entre ces différents acteurs.
3 commentaires
Brassens ?
Thérésa
Falegname