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La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

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La pensée progressiste à l'origine de l'échec de la démocratisation scolaire ?
[mardi 22 juin 2010 - 15:00]
Ecole
Couverture ouvrage
L'école et son double. Essai sur l'évolution pédagogique en France
Nathalie Bulle
Éditeur : Hermann
320 pages
Résumé : Cet ouvrage s'attache à décrire les fondements de la "pensée progressiste" en éducation, et les conceptions erronées du développement humain qui en sont selon l'auteur à l'origine, et seraient responsables de l'échec de la démocratisation scolaire depuis les années 60.
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Il semble que l'on puisse aller encore plus loin sur ce thème que ce qu'avance Nathalie Bulle, en supposant que les qualités supposées développées naturellement par le programme progressiste sont en réalité transmises : or, si elles ne sont pas transmises par l'école, elles le sont alors nécessairement par la famille. Nathalie Bulle évoque ainsi les considérations de Vygotsky sur le jeu, qui selon lui développe la notion de règle chez les enfants, et notamment le sens de l'action par rapport à cette règle. Le jeu serait donc un moyen de développer chez les enfants la maîtrise de soi. On peut donc, à partir de là, s'interroger sur les différences dans les conditions d'acquisition de telles capacités : un enfant dans les classes supérieures aura d'autant plus de chances de les développer, de se confronter à des activités qui les favoriseront, et qui lui serviront d'autant plus dans sa scolarité, comme le montre par exemple le sociologue Bernard Lahire à propos de l'acquisition de l'autonomie  .
 
La nécessaire refondation de l'enseignement
 
Nathalie Bulle tire de cet échec les conclusions qui s'imposent : une rénovation du système éducatif français passerait par un retour au rôle fondamental de l'école dans la transmission des savoirs, notamment en faisant de l'école le lieu de l'éducation de la sensibilité esthétique et humaine, de la formation de la pensée logique et analytique par la grammaire et les mathématiques, et de la formation générale de l'esprit par l'apprentissage des sciences, de l'histoire et de la géographie, de la philosophie, etc. Elle propose en outre une remise en cause du collège unique par la possibilité de différencier les rythmes et les parcours selon le niveau et les avancées de chaque élève dans chaque matière.
 
Nathalie Bulle défend ainsi le fait que l'école ne doit pas être soumise à l'influence des changements sociétaux, mais, au contraire, demeurer une "formation essentiellement archaïque", selon l'expression de Jean-Claude Milner, sous-entendant par-là que les évolutions sociales, économiques et technologiques ne devraient pas l'affecter.
 
On peut néanmoins se demander si les évolutions culturelles et sociales n'affectent pas l'école sans pour cela qu'il soit besoin de changements de curricula. On peut citer ici deux éléments fondamentaux, empruntés à l'ouvrage de Marie-Claude Blais, Dominique Ottavi et Marcel Gauchet, Conditions de l'éducation. D'une part, les changements qui ont affecté la structure familiale, et plus particulièrement en son sein l'éducation des enfants, dont l'objectif principal consiste désormais à favoriser leur bien-être, et non à les préparer au monde et à l'âge adulte, doivent nécessairement affecter d'une manière ou d'une autre l'école. Comment l'autorité peut-elle exister à l'école si elle est remise en cause dans la sphère familiale ?
 
En outre, poser la question de la transmission des savoirs dans l'école implique d'analyser le problème du sens de ces savoirs dans la société et de leur valeur : c'est là le problème d'une société s'auto-définissant comme société de la connaissance et dénigrant certains aspects du savoir. On peut donc s'interroger actuellement sur le sens des savoirs littéraires dans la société actuelle, mais également, par certains aspects, des savoirs scientifiques. Comment enseigner aujourd'hui des savoirs qui ne sont pas considérés comme utiles par la société ?
 
La remise en cause sans concession de la pensée progressiste proposée par Nathalie Bulle dans L'Ecole et son double repose ainsi sur des arguments convaincants, étayés par des analyses quantitatives intelligentes. Néanmoins, si cette remise en cause apparaît comme fort légitime à la sortie d'un contexte de domination presque totale de la pensée progressiste, cela ne doit pas pour autant faire oublier les obstacles rencontrés par la transmission des connaissances, que ceux-ci soient liés à la distance de certaines populations avec la culture scolaire, ou encore à la relation que la société dans son ensemble entretient avec ces mêmes connaissances, et la recherche des moyens pour y faire face.

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2 commentaires

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Gudule Lelongbec

27/06/10 21:25
Ne te fatigue pas à t'époumonner, Zakhartchouk, contre les abrutis qui ne verront dans le livre de N. Bulle qu'une attaque contre leur image fantasmatique de Piaget, et tenteront de le transformer en piètre cache-sexe de leurs frétillements réactionnaires !
Ils n'ont bien sûr jamais lu Piaget, ni entendu parler de Vygotski (que N. Bulle semble avoir lu d'un peu loin, mais sans contre-sens) et ne se doutent donc pas que l'on peut être progressiste en transmettant la culture.
Vygotski est le poil à gratter qui détraque le schématisme grotesque de nos olibrius : le jour où ils entendront parler de sa conception du rapport entre apprentissage et développement, on les verra sûrement crier au pédagogisme !!!
Laissons ces ignorants parader de leur ignorance : ils sont les seuls à se faire plaisir...

Gudule Lelongbec
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zakhartchouk

25/06/10 16:54
Encore faudrait-il admettre comme postulat que la pensée pédagogique progressiste, gigantesque fourre-tout où on mettrait ensemble Neil, Steiner, Meirieu, Freinet, etc, alors que les divergences entre eux sont considérables parfois, est contre la "transmission des savoirs". Etant clairement dans le camp d'une pédagogie dite progressiste, qui pour moi est issue des Lumières bien comprise et non de je ne sais quel darwinisme ou naturalisme -thèse pour moi fumeuse-, je prétends réfléchir beaucoup plus aux conditions de vraie transmission des savoirs que les tenants d'une transmission qui ne marche pas. A la fin du compte-rendu, vous dites que l'école est envahie par la pensée progressiste. ça m'a échappé, je pense au contraire que le cours magistral ou en tout cas directif est dominant, surtout dans le secondaire. Très peu de classes pratiquent par exemple le travail de groupes. Il y a une désinformation considérable. Je crois qu'on n'arrive pas à distinguer , comme le dit J.HOussaye le processus enseigner et le processus apprendre. Le livre de N.BUlle est sans doute plus argumentée et plus "raisonnable" que les pamphlets extrêmistes de Brighelli et les écrits glaçants du post-maoiste Milner, mais ils caricaturent tout autant la pédagogie. J'ai écrit un livre "trannsmettre vraiment une culture à tous les élèves". tout est dans le "vraiment". Je prétends que la pédagogie magistrale est inefficace outre qu'elle ne développe nullement la pensée critique et qu'elle n'a jamais fait les preuves d'une quelconque réussite autre qu'élitiste. Mais toute pédagogie "progressiste" n'est pas forcément bonne, et je combats aussi les dérives de ce "courant" (qui n'en est pas un). e suis pour l'exigence intellectuelle, mais elle ne fonctionne que si elle s'accompagne de bienveillance et de compréhension. C'est ce que j'essaie de mettre en oeuvre aussi bien au sein d'un mouvement pédagogique comme le crap-cahiers pédagogiques que dans ma pratique de prof de français d'un collège ZEP
autant dire que je suis déçu par cette recension;onn est loin du progressisme, effectivement!
Jean-Michel Zakhartchouk

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