Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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Dans cet ouvrage, Nathalie Bulle s'attache à retracer les représentations qui ont été au fondement de l'évolution pédagogique en France dans la seconde moitié du XXème siècle. Elle distingue ainsi deux types de programmes pédagogiques : les programmes "rationalistes", qui mettent l'accent sur la transmission des connaissances, et les pédagogies "progressistes", qui, s'attachant à "mettre l'élève au centre du système", le socialisent, l'adaptent au "monde réel". Nathalie Bulle prend inconditionnellement parti pour les premiers, rendant les seconds responsables de la démocratisation manquée de l'école. Cet ouvrage s'attache ainsi, de Rousseau à Piaget, à mettre au jour les représentations du développement humain, fausses selon l'auteur, qui sont au fondement de la pensée progressiste. De même, l'échec attribué aux pédagogies rationalistes par les progressistes ne serait qu'une illusion entretenue par ces derniers.
Les conséquences de la "pensée progressiste" sur l'évolution de la pédagogie
La problématique qui guide les pas de Nathalie Bulle tout au long de cet ouvrage est donc la recherche des liens qui ont uni la massification scolaire dans les années soixante et le développement de l'influence de la pensée progressiste sur les programmes scolaires du cycle secondaire. Le progressisme éducatif aurait ainsi été au fondement d'une réévaluation des objectifs mêmes de l'école, le but de celle-ci n'étant plus de former des esprits libres et indépendants, de développer l'autonomie du jugement au sens kantien, mais de socialiser les individus dans la perspective de favoriser la vie en communauté.
Mais qu'est-ce au juste que la pensée progressiste dont traite Nathalie Bulle, et qui a selon elle à ce point envahi les programmes scolaires du CP à la terminale ? Le progressisme éducatif s'appuie sur une remise en cause de la transmission des savoirs fondamentaux fondée sur l'autorité du maître, ainsi que de l'utilité de ces savoirs dans la formation des individus, dans leur "vie réelle". Elle en appelle ainsi au décloisonnement des disciplines et à la primauté des schèmes de pensée sur les contenus de pensée eux-mêmes. Autrement dit, le maître ne doit pas transmettre des savoirs à ses élèves sur la base d'une autorité artificielle, mais, dans le cadre d'un environnement démocratique, fournir à ses élèves les outils qui leur permettront de développer eux-mêmes leurs propres apprentissages sur la base de l'interaction avec leur environnement : ces considérations sont à la base des approches dites "par compétences", l'élève devant non acquérir des savoirs, mais des méthodes pour vivre en société, des compétences utiles.
L'influence de la pensée progressiste témoignerait selon l'auteur de l'envahissement de l'école par les sciences humaines. Elle s'appuie sur les considérations de nombreux chercheurs en pédagogie et en sociologie s'inspirant des travaux de Pierre Bourdieu, qui, dans Les Héritiers notamment, met en cause le rôle de l'école dans la perpétuation des inégalités socioculturelles, favorisant ainsi à son insu la culture légitime des classes supérieures. Forts de cette critique, et dans un contexte de massification scolaire dans lequel le cycle secondaire doit accueillir des populations qui en étaient auparavant exclues, les tenants de la pensée progressiste mis en cause dans cet ouvrage, Piaget, Meirieu, et d'autres, auraient ainsi provoqué les changements évoqués dans l'école. Au fondement de la critique progressiste envers la transmission des savoirs fondamentaux résiderait donc la défense d'un nouvel universalisme pédagogique, la majorité de la population scolaire étant considérée comme inapte à se conformer aux savoirs "académiques" : il aurait été ainsi nécessaire de réformer les buts de l'éducation.
2 commentaires
Gudule Lelongbec
Ils n'ont bien sûr jamais lu Piaget, ni entendu parler de Vygotski (que N. Bulle semble avoir lu d'un peu loin, mais sans contre-sens) et ne se doutent donc pas que l'on peut être progressiste en transmettant la culture.
Vygotski est le poil à gratter qui détraque le schématisme grotesque de nos olibrius : le jour où ils entendront parler de sa conception du rapport entre apprentissage et développement, on les verra sûrement crier au pédagogisme !!!
Laissons ces ignorants parader de leur ignorance : ils sont les seuls à se faire plaisir...
Gudule Lelongbec
zakhartchouk
autant dire que je suis déçu par cette recension;onn est loin du progressisme, effectivement!
Jean-Michel Zakhartchouk