Une relecture des mutineries de 1917
[mardi 22 juin 2010 - 00:00]
Histoire
Les Refus de la Guerre 1914-1918. Une histoire des mutins
André Loez
Éditeur : Gallimard
André Loez souligne que les mutineries inversent les valeurs de l’armée. A la honte qui frappe celui qui veut fuir la guerre succède le courage de ceux qui osent se révolter contre l’autorité militaire. Le rapport d’autorité est également transformé. Les soldats imposent désormais leur domination aux officiers. Ceux-ci expriment leur désarroi, parfois leur peur, face aux mutins, sur qui leur autorité est chancelante. L’auteur interroge également la fidélité des sous-officiers, qui sont les intermédiaires entre les officiers et les troupes. Il apparaît ainsi que certains laissent faire ou même participent à la mutinerie. Une analyse en fonction des grades fait apparaître que les caporaux sont plus enclins à prendre part aux mutineries. Dès lors, la mutinerie est source de tensions entre une foule et son officier et comporte un risque de dérapage, de violence, même si ce risque est rarement réalisé. Comment expliquer la fin des mutineries ? Sans occulter le rôle des exécutions – sans doute un des éléments les plus connus et les plus chargés moralement et politiquement – André Loez montre le rôle des familles des mutins et leurs injonctions à rentrer dans le rang. La figure paternelle de l’officier a pu également jouer son rôle. Ainsi, les relations personnelles, affectives, jouent un rôle dans le retour au calme. La cohésion elle-même des mutins était fragile. Un certain nombre d’entre eux se sont laissés entraîner par conformisme ou ont subi des menaces, si bien qu’il est possible de défaire la mutinerie en brisant les solidarités entre les mutins. La répression de l’autorité militaire a également joué. Les exécutions ont été volontairement arbitraires, pour faire planer la menace d’une répression d’autant plus efficace qu’elle est aléatoire. Enfin, l’armée, en faisant face aux attaques allemandes, en occupant les troupes à toutes les tâches de la guerre, à permis aux esprits de s’apaiser et de tourner la page des mutineries.
Au-delà de son intérêt historique évident, de la relecture des mutineries qu’il permet, l’ouvrage d’André Loez rappelle également les règles que doit suivre l’historien, particulièrement quand il aborde un sujet sensible. Il importe, d’abord, de ne pas plaquer des jugements ou des visions
a priori sur les événements mais bien de prendre en compte la parole des différents acteurs, dans ses nuances et ses contradictions, afin de ne pas faire dire à l’événement ce qui n’est pas. Il convient, ensuite, de ne pas faire de choix, de tri, de ne pas faire de censure mais de prendre en compte tous les mutins et tous leurs écrits, afin d’avoir une vue d’ensemble sur l’événement. Ainsi, l’auteur n’a pas écarté les témoignages les moins construits et les moins intellectualisés mais s’est efforcé de prendre en compte tous les mutins, afin de cerner au mieux les mutineries dans leur ensemble et dans leur complexité
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