On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Pourquoi les think tanks sont-ils moins puissants en France qu’en Allemagne ou qu'aux Etats-Unis ? Comment se situe aujourd’hui la Fondation pour l’innovation politique, fondée par Jérôme Monod, proche de Jacques Chirac, vis-à-vis de l’UMP ? Comment le laboratoire d’idées compose-t-il entre ses deux orientations : une production intellectuelle exigeante, résolument tournée vers l’action ?
Dominique Reynié a répondu à ces quelques questions pour nonfiction.fr. Nous l’avons rencontré dans les locaux de la fondation qu’il dirige, 150 m2 lumineux et modernes, qu’il a achetés rue de Grenelle à son arrivée à la direction générale du laboratoire d'idées alors en pleine crise, en 2008. Plan social, changement de locaux, redirection idéologique et réorganisation logistique… Le professeur à Sciences Po Paris a repris avec passion et détermination les reines de ce think tank "libéral, progressiste et européen".
"Dès que j’entends le mot partisan, même quand il s’agit de dépasser ces clivages, je ne me sens pas concerné".
Selon son directeur général, la question partisane n’existe plus pour la Fondapol : "À partir du moment où on a une actualité intellectuelle, la question des partis n’est pas un sujet. Or un think tank a une activité intellectuelle. Le fait d’avoir un objet politique ne doit pas faire oublier qu’on reste dans le débat, pas du ressort de l’action, à la différence du parti. On n’a pas de puissance de mobilisation, on n’est pas là pour ça".
La Fondapol a cependant un lourd passif dans ce sens. On se souvient en 2005 de la polémique qui avait agité le milieu politique : Nicolas Sarkozy décide de supprimer les 500 000 euros de subventions accordées par l’UMP à la Fondapol. Et Emmanuelle Mignon, à ce moment conseillère idéologique de Nicolas Sarkozy, d’ajouter en 2008 dans un entretien à nonfiction.fr que la Fondapol n’avait joué absolument aucun rôle dans l’élaboration du programme du candidat UMP. Le nouveau directeur de la Fondapol explique : "Au moment de la campagne, Monod était en conflit avec Sarkozy, donc la Fondation s’est trouvée en porte à faux, puisque du même bord politique que l’UMP, ce qui a plongé la Fondapol dans une situation trouble. Aujourd’hui, on a une bonne relation avec l’UMP, une relation d’échange, de discussion. On n’a pas de lien avec les partis, et avec l’UMP non plus : pas de lien organique, pas de représentant croisé, pas de groupe de travail associé, pas de relation financière ; chacun a son activité. Je n’ai pas besoin de faire d’effort pour être hors des clivages partisans, ce n’est de toute façon pas l’objectif".
Si le lien partisan est dorénavant exclu, le rapport à l’élaboration des idées politiques et des partis demeure, lui, complexe à théoriser. Il s’agit pour Dominique Reynié d’une relation nuancée qui fait de la fondation une boîte à outil pour les décideurs politiques, mais qui ne s’arrête pas au technicisme politique ou juridique. Il s’agit de proposer une vision globale de l’avenir, un projet politique au sens large : "Je me distingue aussi de la définition du "think tank-laboratoire" au sens ingénierie institutionnelle et administrative. Il faut un paradigme, et s’inscrire dans des sources d’inspiration. On ne peut pas simplement dire qu’on va faire des économies ici pour réinjecter là… Ca aussi il faut en parler, mais il faut avoir une conception de la société".
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