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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Zweig : une vie entre lumière et ombre
[dimanche 27 juin 2010 - 18:00]
Littérature
Couverture ouvrage
L'avenir de la nostalgie
Jean-Jacques Lafaye
Éditeur : Hermann
Résumé : Tous les paradoxes du personnage Zweig sont parfaitement mis en évidence dans cette biographie rééditée.
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Les éditions Hermann publient à nouveau l’essai que Jean-Jacques Lafaye a consacré à Stefan Zweig en 1989. Dans l’avertissement de la première édition, l’auteur précisait qu’il avait voulu écrire à partir des données biographiques un texte qui ne soit ni roman, ni biographie mais l’écho de sa connivence avec Zweig.

Parti pris réussi. J-J. Lafaye en sympathie avec Zweig n’en est pas moins un critique lucide qui met en évidence les contradictions de l’homme et de l’écrivain et leur donne sens. En effet, l’image la plus forte, suggérée par son titre, à retenir de la lecture de l‘ouvrage est celle d’un Stefan Zweig en Janus. Côté pile : l’écrivain affable, civil et cultivé, le grand bourgeois. Côté face : l’écrivain hanté précocement par ses démons intérieurs, en proie à ses contradictions, ses déchirements, ses doutes et qui a vu, au cours de sa vie, le meilleur et le pire de ce que l’humanité peut produire.

Janus brillant

Quand Zweig naît à Vienne en 1881, l’avenir lui sourit. Ses parents sont fortunés. Son père, un industriel talentueux, réussit fort bien dans les affaires ; sa mère est l’héritière d’une famille de banquiers italiens ; tous deux juifs assimilés, riches sans ostentation et fort bien intégrés dans la société aristocratique viennoise d’alors. Le jeune Stefan reçoit une éducation soignée, apprend avec ses gouvernantes quatre langues : l’allemand, le français, l’anglais et l’italien. Il se passionne très tôt pour la littérature européenne, devient rapidement un lecteur avide et, dès l’adolescence, se plaît à composer des poèmes, persuadé que la littérature est la seule vie digne d’être vécue. Epris d’idéalisme, il croit au progrès, à la tolérance, au respect d’autrui, à la puissance spirituelle de l’art, au cosmopolitisme de la pensée et à sa capacité de maintenir la paix entre les peuples. Loin des contingences matérielles - il n’aura jamais à se soucier de "gagner sa vie" - il se veut le serviteur de l’idéal qu’il s’est forgé au gré de ses lectures. Il a toutes les bonnes raisons de croire en son étoile : son succès est précoce. Il n’a pas vingt ans quand déjà il est reconnu comme un espoir de la jeune littérature autrichienne grâce à la publication de ses poèmes rassemblés dans un premier volume, Les cordes d’argent.

Commence alors pour lui la vie qu’il va mener des années durant, vie partagée entre l’écriture à Vienne d’abord puis à Salzbourg et les voyages réguliers dans les différentes capitales européennes et mondiales, occasion toujours renouvelée pour lui de rencontrer les artistes qu’il apprécie, d’observer les gens, de lier des amitiés durables - Verhaeren à Bruxelles, à Paris, Rodin et plus tard Romain Rolland - de donner des conférences et de collectionner les succès féminins. Il se lie avec Friderike Maria von Winternitz, puis l’épouse. Elle sera son soutien indéfectible tout au long de sa vie. Il se tient à l’écart du champ politique, estimant que ce n’est pas le rôle d’un écrivain. C’est également l’époque à laquelle il enrichit sa collection de manuscrits, d’autographes, d’objets précieux ayant appartenu à des musiciens, des écrivains – Mozart, Beethoven en particulier, dont il acquiert le bureau. Il publie de nombreuses nouvelles, quelques pièces de théâtre, des essais sur des écrivains ou des personnages célèbres : Balzac, Dickens, Tolstoï, Verhaeren, Dostoïevski, Romain Rolland, Marceline Desbordes Valmore, Fouché… ou encore Montaigne   à lire comme autant de mises en abyme de sa parenté intellectuelle et sensible avec eux. Ou comme autant de moyens pour lui de chercher à comprendre ce qui est au cœur de la vie, les passions, les désirs plus ou moins troubles des gens qu’il côtoie et des écrivains qu’il fréquente ou qu’il lit.

Titre du livre : L'avenir de la nostalgie
Auteur : Jean-Jacques Lafaye
Éditeur : Hermann
Date de publication : 30/11/99
N° ISBN : 2705670408
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