On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
L’exposition Patrick Jouin. La substance du design s’est terminée il y a quelques semaines à Beaubourg, mais il reste heureusement au visiteur distrait ou au curieux de tout poil le catalogue édité par le Centre Pompidou.
Exposer le design et a fortiori un designer en particulier n’est pas chose aisée. On se souvient encore de l’exposition tonitruante et égocentrée de Philippe Starck accueillie par la même institution en 2003. Mais ici, aucun narcissisme comparable, ce que l’on perçoit au travers du catalogue c’est le métier du designer tel que Patrick Jouin le vit. En effet, l’ouvrage ne retrace pas une épopée brillante ni ne glorifie une "star" du design mais présente chaque projet avec clarté et simplicité. Que l’on aime ou pas les produits de Patrick Jouin, peu importe. Ce catalogue prend le parti de ne pas glorifier le designer mais de le présenter à sa juste place : au carrefour entre une demande et des utilisateurs.
L’ouvrage est richement illustré sans se limiter pour autant à un livre d’images ; l’iconographie variée (croquis, plans, photographies des personnes au travail, maquettes, prototypes ainsi que les réalisations) est accompagnée de textes concis et explicites pour chaque projet. Ces textes mélangent narration de la situation, explications techniques, données poétiques, description des réalisations, le tout agrémenté d’une poignée de références assez variées (de l’architecture à la philosophie en passant par le cinéma et la photographie), et d’un zeste d’emphase parfois, pas vraiment indispensable au demeurant. Le dosage est équilibré et permet de comprendre les tenants et aboutissants des projets sans être rébarbatif : une recette efficace.
Mais ce qui surprend au premier abord le lecteur c’est l’aspect non-linéaire du catalogue. Ici, rien ne sert de suivre consciencieusement page après page sa lecture, les projets ne sont pas classés, ni chronologiquement, ni typologiquement. Même si on avait fini par le deviner, le parti pris est expliqué presque à la fin du livre : il s’agit d’un document combinatoire fluide, à liens multiples, dans lequel le lecteur n’a qu’à "zapper" parmi les différents "clusters, ou grappes de représentation". Cependant, il semble y avoir une logique interne dans l’ouvrage. À chaque fois, trois à cinq projets sont regroupés par "séquences" et confrontés selon une réflexion sous-jacente. Mais le lecteur n’a la plupart du temps aucune clé de compréhension. De plus, l’analogie au cinéma et plus spécifiquement au "road movie" ne convainc pas et paraît accessoire. La critique essentielle que l’on peut faire à ce catalogue réside donc dans la structuration générale des projets, faussement aléatoire mais néanmoins réfléchie, qui n’apporte pas outre mesure la mobilité de lecture recherchée. Pour autant, les processus de recherche et la démonstration des objets en train de se faire est lisible et la mise en page, dont certaines vignettes permettent le passage fluide d’une page à l’autre, fonctionne bien.
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