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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le “de Gaulle” des Français
[vendredi 18 juin 2010 - 00:00]
Histoire
Couverture ouvrage
Le mythe gaullien
Sudhir Hazareesingh
Éditeur : Gallimard
280 pages / 19,95 € sur
Résumé : Une analyse très réussie d'un des plus grands mythes politiques nationaux de l'histoire contemporaine française.
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Dans un ouvrage lumineux publié au milieu des années 1980, l’historien Raoul Girardet proposait une grille de lecture des Mythes et mythologies politiques français  . Il y réservait une place de choix au général de Gaulle : quoi de plus naturel en effet que de faire figurer l’homme du 18 juin au rang des "mythes" qui ont fait –et font- la France ? Ancien résistant mais défenseur passionné de la cause de l’Algérie française, Raoul Girardet résumait pourtant à lui seul les ambiguïtés du rapport des Français à de Gaulle. Ce dernier joua autant, de son vivant, un rôle de rassembleur que de diviseur : Jean Daniel écrivit, en un raccourci saisissant, que de Gaulle   fut la “grande passion” de ses contemporains. Se souvient-on par exemple qu’au lendemain de la rebaptisation officielle de la place de l’Etoile en place Charles de Gaulle, en décembre 1970, “les autorités furent réduites à faire protéger les nouveaux écriteaux par un fort contingent d’officiers de police”, par crainte des atteintes que menaçaient de leur infliger d’anciens partisans de l’Algérie française   ? C’est aujourd’hui l’existence d’une place David Ben Gourion qui provoque les mêmes passions à Paris : autres temps, mais mœurs identiques… Après sa mort en novembre 1970, puis avec l’arrivée au pouvoir de la gauche en mai 1981, la figure du général de Gaulle se délesta d’une partie de sa charge “radioactive”  . C’est ce début de refroidissement du mythe gaullien qui permit à Raoul Girardet d’en analyser magistralement les ressorts. En de Gaulle convergeaient en effet quatre figures de l’héroïsme, le général victorieux, le prophète, le législateur et le serviteur désintéressé de la patrie. On pouvait être tenté d’y adjoindre le martyr – ingratitude des Français oblige, lors du référendum d’avril 1969. Être à la fois Alexandre, Moïse, Solon, Cincinnatus et Jésus : là se trouvait le secret de la fascination exercée par de Gaulle sur les Français, dans la vie comme dans la mort. Seul Napoléon avait auparavant offert l’exemple d’un “charisme” aussi complexe.

De Gaulle, encore ?

Professeur à l’Université d’Oxford, l’historien Sudhir Hazareesingh travaille sur la mémoire et ses usages politiques depuis plusieurs années. Sa qualité de spécialiste du souvenir napoléonien   le qualifiait mieux que quiconque pour reprendre les pistes ouvertes par Raoul Girardet et s’intéresser au mythe gaullien. Soulignons d’emblée qu’il le fait dans un style éblouissant, d’autant plus remarquable que l’ouvrage est écrit directement en français . Pourquoi choisir de travailler sur de Gaulle et sa trace dans la France contemporaine, quand on est un historien britannique ? L’auteur s’en explique en ouverture du livre en rendant hommage à son père Kissooningh Hazareesingh, auteur d’une Histoire des Indiens à l’île Maurice, “fervent gaulliste"  et ami de Maurice Druon. La démarche de Sudhir Hazareesingh n’est au demeurant pas si isolée qu’il pourrait y paraître à première vue ; plusieurs politistes ou historiens anglo-saxons se sont en effet interrogés sur l’œuvre et le legs du “plus grand des Français”, au premier rang desquels Stanley Hoffmann, Julian Jackson et Andrew Knapp. En outre, l’intérêt pour le rôle du général de Gaulle entre 1940 et 1944 ou ses vues en matière institutionnelle n’a pas faibli ces dernières années dans des pays aussi différents que l’Italie , la Pologne ou la Russie. Le livre de Sudhir Hazareesingh prend pourtant et d’emblée place au premier rang de l’historiographie gaullienne la plus récente, qu’un double anniversaire – les 70 ans de l’appel du 18 juin et les 40 ans de la mort du général de Gaulle – est déjà venu enrichir d’une pléthore de titres.

Titre du livre : Le mythe gaullien
Auteur : Sudhir Hazareesingh
Éditeur : Gallimard
Collection : La suite des temps
Date de publication : 25/05/10
N° ISBN : 2070128512
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1 commentaire

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Forez

18/06/10 10:48
Bonjour,
Merci de votre compte rendu. Je n'ai pas lu le livre, et j'aurais juste une question.
Dans son très beau livre, en effet, Raoul Girardet propose une définition approfondie du mythe politique et, plus généralement, de l'imaginaire mythologique. Il en décrit notamment les fonctions, les significations et le sens. Le mythe n'est évidemment pas un mensonge, il a d'abord une fonction explicative et répond à des attentes. Sudhir Hazareesing évoque-t-il cette dimension du "mythe gaullien" ?
Merci de votre réponse

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