On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

À l’occasion des commémorations du soixante-dixième anniversaire de l’Appel du 18 Juin, les ouvrages consacrés au général de Gaulle et à la France Libre fleurissent sur les étals des libraires. Entre souvenirs et témoignages, dictionnaires et publications académiques, le livre de Sébastien Albertelli se détache par sa nature originale, puisqu’il s’agit d’un atlas historique. Son auteur est un spécialiste reconnu de l’histoire des "années sombres" ; sa thèse sur les services secrets de la France Libre a été récemment publiée .
Consacrer un atlas historique à un sujet comme la France Libre peut paraître surprenant. Pourtant, dès août 1940 sa souveraineté s’étend sur 2,5 millions de km2 et 6 millions d’habitants. Fin 1941, le drapeau à croix de Lorraine flotte sur des territoires en Afrique, dans le Pacifique, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord.
La France Libre, une histoire politique
Les Français libres, au prisme de leur expérience de la guerre, ont fréquemment décrit leur engagement au sein du mouvement gaulliste sous le seul angle du geste militaire héroïque : il se serait agi d’abord et surtout de relever un glaive tombé à terre après l’armistice. Vainqueurs et légitimés a posteriori dans leurs actes, ces "hommes partis de rien" ont eu tendance par la suite à taire les dissensions politiques internes rencontrées, favorisant de cette manière la création d’une mémoire présentant la France Libre comme "un bloc" unanime. Cette vision monolithique a largement contribué à accréditer l’idée de l’apolitisme de la "légion de Gaulle".
Refusant cette explication, Sébastien Albertelli souligne à l’inverse le caractère éminemment politique du mouvement. Sa thèse est clairement exposée dès le titre de son atlas. L’objet d’étude n’est pas la "France libre", mais la "France Libre". Cette majuscule ne relève en rien d’une forme de coquetterie sémantique. Elle met au contraire l’accent sur le glissement progressif du mouvement gaulliste de la sphère militaire au domaine politique au cours de la guerre. Le sous-titre, "une aventure politique" confirme cette interprétation d’un combat portant en lui un projet de société pour la France. Un combat politique contre un passé qui a mené le pays à l’abîme, un combat politique pour administrer les territoires ralliés et y maintenir la souveraineté française face aux ingérences des Alliés. Un combat politique – pour l’avenir-, afin de conserver le pouvoir au terme de la guerre, et dans lequel le contrôle et la coordination de la Résistance intérieure représentent un enjeu capital.
Le plan de l’ouvrage et les thèmes retenus servent la thèse de l’auteur. Tous les grands moments de la France Libre sont étudiés au prisme de cette problématique politique. Sébastien Albertelli s’intéresse ainsi successivement aux modalités d’engagement dans le mouvement ainsi qu’à sa composition sociologique. Il examine ensuite la construction de l’ "État France Libre", par l’intermédiaire de sa base territoriale, ses institutions, ses capitales successives ou encore sa propagande. Les deux dernières parties, respectivement consacrées aux combats hors de France et en métropole, démontrent que l’auteur ne sous-estime pas la dimension guerrière d’un mouvement devenu "France combattante" en juillet 1942.
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