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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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De l’économie du bizarre au grand n’importe quoi
[jeudi 17 juin 2010 - 15:00]
Economie
Couverture ouvrage
Superfreakonomics
Steven D. Levitt, Stephen J. Dubner
Éditeur : Denoël
332 pages / 19 € sur
Résumé : Où il est question de prostitution, de sièges pour enfants et de cheminées de 29 kilomètres.
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L’économiste Steven Levitt et le journaliste Stephen Dubner avaient déjà défrayé la chronique en 2005 avec Freakonomics, un livre qui abordait l’économie sous un angle incongru, en posant par exemple la question du lien entre la légalisation de l’avortement et la baisse de la criminalité aux Etats-Unis, ou celle des revenus réels des dealers de crack. Les auteurs résument eux-mêmes leur démarche comme une suite d’illustrations du principe selon lequel "l’être humain obéit aux incitations, mais d’une façon qui n’est pas forcément prévisible ni évidente". Aujourd’hui, le duo revient et signe avec SuperFreakonomics le deuxième volet de cette économie du bizarre, qui dérape malheureusement vers un discours vraiment bizarre à la fin de l’ouvrage.

Prostitution et proxénétisme

Le premier champ d’étude auquel s’attaquent les deux compères est celui de la prostitution : qu’est-ce qui peut bien inciter une prostituée à exercer ce métier, ou encore qu’est-ce qui la motive à se mettre sous la coupe d’un proxénète, que le sens commun imagine volontiers injuste et violent ?
Les données leur ont été fournies par un sociologue, Venkatesh, (le même que celui qui avait infiltré un réseau de dealers de cracks dans Freakonomics), qui s’est intéressé au réseau de la prostitution à Chicago, et qui, pour limiter les déclarations déformées par la mémoire ou la gêne, a opté pour la collecte de données sur place et en temps réel. Des enquêteuses ont ainsi été placées dans des lieux habituels de prostitution, avec pour tâche de relever pour chaque transaction le prix, la prestation demandée, etc.

Grâce à une étude comparative des revenus, et des risques liés à la profession, des prostituées du début du siècle avec celles d’aujourd’hui, le lecteur découvre tout d’abord que leur sort était bien plus enviable avant. Se basant sur les données recueillies par Venkatesh, les auteurs établissent le prix moyen de chaque pratique et sa fréquence, et constatent par exemple que le prix relatif de la fellation s‘est effondré en un siècle, pour passer de la prestation la plus onéreuse à un service bon marché aujourd’hui, qui concentre plus de la moitié des "parts de marché" des différentes prestations – la raison en étant la possibilité en constante augmentation pour les hommes de bénéficier de ce "service" dans la sphère privée, ce qui n’était pas le cas au XIXème siècle. Et les auteurs de commenter, non sans humour : "si la prostitution était un secteur économique comme un autre, elle aurait engagé des lobbyistes pour combattre cette concurrence déloyale".

On découvre également que la plupart des prostituées opèrent une "discrimination par les prix" en faisant payer plus cher un client blanc par rapport à un client noir, un prix intermédiaire à un client hispanique. Mais le plus étonnant est encore la comparaison des revenus des prostituées travaillant à leur compte avec celles travaillant pour un proxénète, où il s’avère qu’il est plus avantageux de travailler pour un proxénète : non seulement le revenu moyen est plus élevé, mais encore la prostituée est-elle moins souvent victime de violences ou de clients mauvais payeurs.
Enfin, non sans provocation, et après avoir établi les périodes où la demande est la plus nombreuse – le vendredi soir et les vacances, les auteurs établissent un parallèle entre une prostituée et un Père Noël de grand magasin, arguant que "tous deux profitent des offres d’emploi saisonnières liées aux pics de la demande que l’on observe en période de congés". Après avoir mis ainsi en exergue les différents types d’incitation en jeu dans le milieu de la prostitution, les auteurs, prenant le contre-pied de leur interrogation initiale, s’étonnent même que plus de femmes ne cèdent pas aux joies de la prostitution…

Seul bémol toutefois, le lecteur ne peut que regretter que les données sur lesquelles se base l’étude n’aient été recueillies qu’à Chicago, dans certains quartiers qui plus est, et ne possèdent par conséquent qu’une représentativité limitée.

Titre du livre : Superfreakonomics
Auteur : Steven D. Levitt, Stephen J. Dubner
Éditeur : Denoël
Date de publication : 18/02/10
N° ISBN : 978-2207261903
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2 commentaires

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david

18/08/10 10:54
Bonjour,
Merci pour votre critique de ce livre. ;)
Bien cordialement
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victoryerly

02/07/10 17:29
http://www.youtube.com/watch?v=fyVTPpEXigc

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