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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Où en est la lutte contre la pauvreté ?
[lundi 14 juin 2010 - 16:00]
Economie
Couverture ouvrage
Lutter contre la pauvreté. Le développement humain
Esther Duflo
Éditeur : Seuil
103 pages
Economie
Couverture ouvrage
Lutter contre la pauvreté. La politique de l'autonomie
Esther Duflo
Éditeur : Seuil
103 pages
Résumé : Le travail innovant de l’économiste Esther Duflo enfin accessible au grand public.
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Tout d’abord, malgré un budget important consacré à la publicité et au marketing, le taux de pénétration du microcrédit de Spandana est resté relativement faible (environ un quart des familles habitant dans un quartier où une agence Spandana avait été ouverte ont contracté un prêt, alors que Spandana tablait sur 80 % de pénétration) ; que ce soit parce que le remboursement hebdomadaire est trop contraignant, parce que la somme prêtée est trop faible ou pour d’autres raisons, on voit que "les produits de la micro-finance ne sont donc pas forcément adaptés à tout le monde. Ensuite, loin de l’idée que le microcrédit servirait principalement aux femmes à créer leur entreprise, il s’avère que seulement un microcrédit sur six a conduit au lancement d’une nouvelle activité. Les autres ayant servi à développer une entreprise déjà existante, à financer une consommation plus importante ou à rembourser une dette antérieure. Esther Duflo remarque par ailleurs qu’ "aucun effet n’a été constaté sur l’éducation, la santé, le pouvoir de décision des femmes ou tout indicateur autre que l’impact strictement économique". Elle ajoute : "Cela ne signifie pas que ces effets ne se feront pas sentir par la suite ; mais cela montre bien que, au moins à court terme, le microcrédit ne peut à lui seul remplacer les interventions dans ces domaines". Et de conclure : "Ni usure moderne, ni panacée, le microcrédit remplit tout simplement sa fonction : offrir la possibilité à des entrepreneurs potentiels, coupés du marché du crédit, de réaliser leur projet. Mais tout le monde n’étant pas un entrepreneur-né, le microcrédit ne peut être une solution universelle".
 
Gouvernance et corruption
 
C’est à peu près le même discours qui est tenu sur la gouvernance locale ou la démocratie participative : si le contrôle populaire peut être un moyen de réduire la corruption, il n’est pas suffisant, et la décentralisation ne saurait venir à bout de tous les maux.
 
La première difficulté pour qui veut lutter contre la corruption est de la quantifier, puisqu’elle est par nature illégale. Plusieurs méthodes ont ainsi été utilisées : organiser des visites surprises pour mesurer le taux d’absentéisme des fonctionnaires ou leur volonté de traiter un problème ; mettre en place des situations d’  "observation participante", par exemple en accompagnant un chauffeur de camion pour voir combien militaires et policiers lui extorquent ; ou encore comparer deux sources différentes afin d’identifier les fonds volatilisés. En Indonésie par exemple  , une équipe d’ingénieurs a réalisé des carottages sur des routes locales récemment construites afin d’évaluer la quantité de matériaux qui avait dû être nécessaire, et il s’est avéré que près d’un quart des matériaux avait été volé, ou jamais acheté. Pour lutter contre cette corruption, qui "naît dans l’écart qui existe entre un objectif social et la capacité individuelle de payer", les gouvernements et les institutions internationales misent aujourd’hui sur les premiers concernés, les usagers-citoyens, pour contrôler les résultats des actions qui leur sont destinées.

Si leur action semble insuffisante pour réduire la corruption, surtout quand celle-ci ne les affecte pas directement, il n’empêche que les électeurs sont capables et désireux de sanctionner les hommes politiques corrompus. On constate par exemple qu’au Brésil, où 60 municipalités sont choisies au hasard tous les mois pour subir un audit, dont les résultats sont ensuite largement diffusés, quand cet audit a lieu juste avant une élection, le maire sortant a près de deux fois moins de chances d’être réélu si l’audit a révélé des infractions. D’autres études menées en Inde ont conduit à des résultats similaires : quand les électeurs ont accès à l’information, ils pénalisent les candidats corrompus. Une loi garantissant le droit à l’information et l’existence d’organisations se chargeant de trouver les données et de les diffuser apparaissent donc comme des outils indispensables à la démocratie et à une bonne gouvernance. Cela est d’autant plus important que si la bonne gouvernance est primordiale pour lutter contre la pauvreté, la lutte contre la pauvreté apparaît comme étant également essentielle à la bonne gouvernance. Et les livres d’Esther Duflo essentiels à la compréhension de ces deux problématiques….

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