On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Après les travaux fondateurs de Matthias Gelzer et de Ronald Syme, parus l’un en 1912 et l’autre en 1939, la République romaine présentait le visage d’une robuste oligarchie dont la mécanique élitiste s’était érodée, au cours du Ier siècle av. J.C., sous les coups de boutoirs de cercles révolutionnaires favorisant le pouvoir personnel et débouchant sur une forme efficace d’autocratie, le Principat d’Auguste. Autour du grand historien Fergus Millar s’est développée, à partir des années 70, une thèse longtemps considérée comme saugrenue : à la fin de la République, Rome fut traversée par le frisson démocratique. Le point central de son analyse repose sur une étude approfondie des mécanismes de vote et sur la résurgence du concept de peuple (populus). Soutenue par de brillants disciples autant que par le renom personnel de Millar, cette révolution dans les affaires romaines fit son chemin. Les adversaires de ce renversement audacieux furent un temps sur le recul. Leur contre-offensive est illustrée dans l’ouvrage rude et passionnant de K.J. Hölkeskamp, Reconstruire une République dont la date de parution, 2008, indique combien la querelle est actuelle. Selon lui, le peuple romain était un mineur placé sous la tutelle d’une aristocratie qui n’entendait rien partager de son pouvoir. Cette querelle est importante, car, selon le parti que l’on adopte, l’histoire de la res publica romaine se raconte différemment et, plus encore, celle du Principat : fut-il le fossoyeur ou le génial continuateur de la République ?
Une contribution à un vif débat historiographique
L’ouvrage de V. Hollard , sous son aspect technique, apporte sa contribution à ce débat, et s’aventure sur ce terrain miné dans lequel, jusqu’à présent, les historiens français, en dépit de travaux de qualité, se sont fait discrets. Ainsi, le chef-d’œuvre de Claude Nicolet, Le métier de citoyen dans la Rome républicaine dressait un impeccable tableau technique de la situation mais, paru trop tôt, il ne prenait pas vraiment parti dans la dispute. Pour compenser ce que ces quelques propos ont de sommaire, il suffit d’examiner la volumineuse bibliographie établie par V. Hollard et le tableau qu’elle dresse de cette querelle dans un de ses chapitres .
La continuité entre la République et le Principat
La thèse de V. Hollard, son pari pourrait-on dire, est de soutenir une perspective de continuité entre la République et le régime impérial d’Auguste : "l’important est de nuancer l’idée d’une rupture entre la République et le Principat. Et, dans l’éventualité d’une simple évolution entre les deux époques (…), il faut alors remettre en cause la thèse d’un déclin annoncé des assemblées [du peuple]" . Alors que Ronald Syme soutenait que le Principat prolongeait, hypocritement, l’existence formelle et légale de la République, V. Hollard introduit une nuance profonde, qui est de donner du sens au formalisme et d’y introduire non pas de la légalité mais de la légitimité. Elle redessine les contours du Principat, et devine dans ce que Syme appelait méchamment "une farce solennelle" les germes d’une "démocratie aménagée".
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