La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Subjectivité et éthique dans la philosophie de Kierkegaard
[vendredi 11 juin 2010 - 15:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Soren Kierkegaard. Pensée et problèmes de l'éthique
Éditeur : Presses universitaires du Septentrion
355 pages / 22.80 € sur
Résumé : Chercheurs étrangers comme français contribuent, dans cet ouvrage collectif, à mettre en lumière l'éthique kierkegaardienne, à travers des interrogations et des questions que notre siècle même continue à se poser. Un ensemble de textes stimulant pour quiconque s'interroge sur le rapport entre subjectivité et éthique, religion et éthique, foi et morale.
Page  1  2  3  4 

Le centre Eric Weil - conduit par Patrick Canivez - et la société Soren Kierkegaard se sont mobilisés pour faire émerger une réflexion collective sur l’éthique de Kierkegaard ; est paru en novembre 2009 un ouvrage supervisé par Anne-Christine Habbard et par Jacques Message, préfacé par Jacques Colette : Soren Kierkegaard, Pensée et problèmes de l’éthique.

Né à Copenhague en 1813 et mort en 1855, Kierkegaard se désigne lui-même comme "écrivain". "Penseur subjectif", affirme-t-on, Kierkegaard est connu pour sa "conceptualisation" des "stades /étapes" ou "sphères" d’existence (selon le point de vue adopté, "génétique", ou "eidétique", si l’on suit A. Clair).  Mais l’intellection de l’éthique ne dépasse-t-elle pas l’assignation qu’on lui réserve habituellement : de ne constituer qu’une transition entre stade esthétique et stade religieux ?

L’ensemble des auteurs sollicités s’accorde précisément sur le caractère constitutif de  l’éthique dans l’avènement de la "personnalité", du sujet, voire de la subjectivité, et la problématique est ainsi  hantée par le spectre du "Je" qui parle, du récit de soi et des modes de communication qui s’y rattachent.  Le style kierkegaardien est tout aussi décisif, on le sait, que le contenu qu’il communique ; Vincent Delecroix se demande si le penseur existant est, par excellence, le penseur éthique, ce qui semble priver le stade esthétique et religieux du privilège de spécifier l’"existence".  Parce que le choix éthique renvoie à l’approfondissement de sa propre intériorité, il est directement concerné par une sorte de "récit de soi", destiné à produire un effet éthique sur autrui, à "remplir une intention dans le discours". La philosophie retrouve ici son origine morale, pratique, gommée par des siècles de discours sur le savoir, en vue du savoir etc.

Le concept d’éthique lui-même se révèle par conséquent "subjectif", à condition de spécifier que le geste éthique ne suspend pas le monde des normes. L’existence, puisque c’est de cela qu’il s’agit, ne prend sens que de "l’acte d’identification de soi" qui s’y accomplit, dans la synthèse du "choix absolu de l’absolu" (la décision de vivre éthiquement) et de la soumission à la morale normée de la société, selon les thèses d’André Clair : l’humanité comme l’individu s’entrecroisent ainsi dans la décision éthique. Selon Edward Mooney, dans le Post Scriptum, la tâche de l’existence est de "réaliser un idéal de personnalité", et l’éthique kierkegaardienne (probablement inspirée en partie de Lessing) traduit l’ "appropriation d’un engagement, témoigne d’une Bildung". Loin de constituer exclusivement une catégorie psychologique, la notion de "personnalité" indique l’entrelacs de l’action pratique et de la responsabilité, le surgissement de la dimension éthico-religieuse, et l’articulation possible au concept de répétition, comme le souligne l’article de Dario Gonzalez. L’éthique veut  "faire passer l’idéalité dans la réalité", et  la répétition ("mot d’ordre de toute conception éthique") prend donc la figure d’une "reprise" de soi, d’une re-création, la référence active à l’éternel déterminant la conduite morale. La répétition, contre toute apparence (psychanalytique en particulier), n’aliène pas le sujet mais l’ouvre à la transcendance : le devenir chrétien se confond par là même avec un problème éthique, ce qui ne va pas de soi et constitue même le point nodal des articles présentés ici. Dans le droit fil de cette problématique, mais sous des auspices différents, Anne-Christine Habbard interroge les dilemmes de l’éthique. L’article a pour objectif d’éclairer la pensée de Kierkegaard à travers la parenté que manifesteraient des textes hétérogènes mais publiés simultanément (1843), Crainte et tremblement, La répétition et Trois discours édifiants. La vraie question éthique intervient sous la forme d’une alternative déchirante : comment choisir, entre décision radicale de vivre éthiquement et/ou décision d’accepter les normes sociales ? Se choisir et se singulariser signifierait-il à présent prendre parti pour une seule possibilité ? Parce que les deux versants du dilemme sont "universels", ils engendrent l’impossibilité du choix et l’angoisse elle-même, surgie d’un malentendu fondamental : alors que rien n’est décidé, il est déjà trop tard. Le repentir, catégorie fondatrice chez Kierkegaard, apparaît ainsi comme la "plus haute expression de l’éthique", puisque l’individu toujours "fait faillite" dans l’accomplissement de la tâche éthique.

Cet échec de la réalisation éthique est souligné par d’autres auteurs qui, à l’instar de Wilfried Greve, s’interrogent sur la genèse de l’acte éthique, pris là encore dans une tension non résorbée entre devoir et foi. Dans La maladie à la mort (traduit improprement par Traité du désespoir), la prise en charge du soi effectif suppose-t-elle le maintien du contenu normatif de l’éthique ? N’est-ce pas condamner la nécessaire séparation entre éthique et christianité (opposée au christianisme) ? L’éthicien semble en effet se situer en deçà de l’opposition du péché et de la foi, étranger au désespoir, ce désespoir que l’esthéticien lui-même peut ressentir face à la beauté fragile du monde sensible - comme le rappelle Hélène Politis   dans un autre contexte - et que la foi religieuse contrarie jusqu’à l’anéantir, afin que le "devenir soi" s’accomplisse.  C’est en statuant sur la structure du Moi (synthèse de fini et d’infini, de temporel et d’éternel, de liberté et de nécessité) que l’on peut repérer l’irruption de la "conscience infinie", pour un Moi qui se rapporte à lui-même parce qu’il est – paradoxalement – rapporté à autre chose (Dieu). Le sujet affirme donc dans la foi, au delà de son ipséité,  son origine transcendante et Kierkegaard, soutient Alain Cugno, disposerait dans ses écrits d’une théorie du moi plus que d’une égologie simplificatrice ; le penseur danois n’est pas, à l’instar de Hegel, préoccupé par l’adéquation entre intériorité et extériorité  et c’est plutôt de leur  asymétrie, disons de leur inversion,  que procèdent selon lui l’auto-affection du moi, sa singularité, perceptibles précisément dans l’éthique, registre où l’on "accueille sa propre liberté sous la forme de l’hospitalité offerte à une liberté autre". Il s’agirait donc de «convertir l’amour de soi le plus extrême en l’amour de quelques autres" (et non de l’humanité ?).

Patricia DESROCHES
Page  1  2  3  4 
Titre du livre : Soren Kierkegaard. Pensée et problèmes de l'éthique
Auteur : Anne-Christine Habbard, Jacques Message
Éditeur : Presses universitaires du Septentrion
Collection : Philosophie contemporaine
Date de publication : 01/12/09
N° ISBN : 2757400940
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

Aucun commentaire

Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici