On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Du récit subjectif aux portraits intimistes
L’une des audaces de l’ouvrage est surtout de reposer sur un récit subjectif assumé par l’auteur. Ce dernier ne cache pas en effet ses liens et sa sympathie réelle pour les opposants au régime de Mahmoud Ahmadinejad, dont la réélection douteuse et surprenante en 2009 avait même ébranlé la loyauté des imams les plus conservateurs. La subjectivité du récit se fait néanmoins au détriment du récit objectif, même si Serge Michel a pu interroger et confronter des Iraniens de sensibilités différentes à l’image des deux frères Ramezan-Ali . Pour autant, le soutien occidental à une ouverture du régime théocratique chiite aurait peut-être été mieux compris si l’ouvrage s’était intéressé à l’ensemble de l’Iran, au-delà d’un récit trop souvent centré sur la seule capitale Téhéran. D’un autre côté, la stratégie du récit permet de soulever des aspects cocasses et très intéressants de la rencontre entre un journaliste de surcroît occidental et les fonctionnaires censeurs du gouvernement. Le lecteur pourra ainsi savourer les échanges aigre-doux entre l’auteur et ses différents interlocuteurs ; le choix de renouveler le visa du journaliste dépend justement du bon vouloir de ces derniers qui peuvent très bien expulser l’étranger si celui-ci produit un article non conforme à l’image de l’Iran qu’ils attendent que le journaliste décrive .
Marche sur mes yeux. Portrait de l’Iran aujourd’hui s’avère être un ouvrage très stimulant pour tenter de comprendre ce qu’est l’état de l’Iran et de sa société en 2010. Cette impression se tient en particulier du fait de la contestation de l’élection présidentielle de 2009, qui a fait vaciller les certitudes de nombreux Iraniens quant à la légitimité d’un régime qui les avait naguère libéré de la répression du Shah. Et malgré un récit trop focalisé sur Téhéran, on saluera les références historiques permanentes qui permettent de mieux saisir les particularités des scènes de l’ouvrage. Le lecteur sera peut-être un peu déboussolé par la structure même de l’ouvrage ; mais les textes de Serge Michel et les photos de Paolo Woods s’accordent à merveille pour retranscrire toute la complexité qui habite chaque Iranien, et qui finalement fait aussi tout l’attrait de ce peuple à part entière![]()
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