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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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La langue, le paradis rassurant du politique
[lundi 07 juin 2010 - 16:00]
Linguistique-Sciences du langage
Couverture ouvrage
Les langues ne sont pas des choses : Discours sur la langue et souffrance identitaire en Europe centrale et orientale
Patrick Sériot
Éditeur : Editions Petra
296 pages / 26,60 € sur
Résumé : En Europe centrale et orientale, la construction identitaire au travers de la langue et son utilisation à des fins politique sont monnaie courante. L'étude fouillée de Patrick Sériot à ce sujet vient aider le lecteur à mieux comprendre un système bien complexe.
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On a beaucoup écrit sur l’histoire politique et économique de l’Europe centrale et orientale, et encore plus récemment sur les problèmes géopolitiques liés à l’effondrement du bloc soviétique dans ces régions. Ces perspectives passionnantes   décrivant les rapports de force dans les régions d’Europe centrale et orientale et s’appuyant bien souvent sur une histoire géographico-politique fouillée, manquent pourtant un phénomène essentiel dans la compréhension de ces lieux de tension, le discours sur la langue et la nation ou encore "le rapport à la langue, fondement supposé de la communauté"  . Si les rapports entre Etats dans ces deux Europe sont parfois si complexes, et si leurs frontières sont si difficilement délimitables, ce n’est pas toujours en raison d’intérêts territoriaux ou d’accès aux ressources naturelles (bien souvent il en est ainsi), mais cela passe aussi par l’idée d’une défense identitaire du propre s’articulant autour d’une définition de la langue et de la nation foncièrement distincte des acquis que l’on peut trouver en France par exemple  .

 

C’est tout l’intérêt du nouveau livre de Patrick Sériot, titulaire de la chaire de linguistique slave à l’Université de Lausanne, qui présente un recueil de différents articles consacrés aux rapports conflictuels entre langue et identité, que d’analyser quelques exemples de difficultés liées aux territoires et à la définition de soi par le prisme du rapport à la langue : où commence le même et où finit l’autre ? Au cours d’un voyage vers cette autre Europe, vers cette curieuse altérité, le lecteur apprend à mieux comprendre la logique de ce discours étranger, opposé aux Lumières et à la raison connaissante, dont la souffrance ne laisse pas indifférent, et permet un peu de dénouer les intrications infinies de ces discours identitaires.

La linguistique en Union soviétique

On peut trouver un point de départ illustratif dans le discours tenu sur la langue en Union soviétique. Précisons pour commencer que l’URSS représente le cas singulier, rarement mentionné hors des cercles de spécialistes, d’une édification linguistique menée à large échelle (que ce soit à travers l’alphabétisation de certains peuples caucasiens, ou les premières recherches ethno-linguistiques menées au Caucase), c’est-à-dire d’une politique linguistique, soigneusement élaborée, au sens le plus large. Dans l’article qui vient ouvrir le recueil, Patrick Sériot s’interroge sur ce que l’étude du discours sur la langue en Union soviétique (à partir d’un corpus choisi qui est celui des signatures des grandes revues dans lesquelles apparaissent des formules grandiloquentes prétendant parler au nom de cet objet dogmatiquement constitué qu’est celui de la linguistique soviétique) peut apporter à notre connaissance de ce pays, et comment ce discours théorique peut s’expliquer par des conditions spécifiques de production. Ce qui intéresse le lecteur ici, c’est de pouvoir apprécier les différences radicales d’approche de l’objet langue dans la linguistique soviétique d’après les années 50. Ici Patrick Sériot situe le point de rupture à partir de l’intervention de Staline, qui vient renverser les thèses dominantes (celles de Nikolaj Marr) sur la détermination de la langue par la superstructure en juin 1950.

Pourtant, cette linguistique n’est pas le modèle théorique dominant dans les sciences humaines russes, dominées par un matérialisme dialectique profondément évolutionniste, qui, comme nous le rappelle Patrick Sériot refuse l’idée de coupure épistémologique ou de rupture dans l’évolution de la langue affichant un continuisme basé sur l’idée de progrès et de perfectionnement de la langue  . Nous sommes ici bien loin de ce que l’on pouvait voir en France sous les auspices de la coupure épistémologique d’un Althusser, ou des épistémès foucaldiennes.

Titre du livre : Les langues ne sont pas des choses : Discours sur la langue et souffrance identitaire en Europe centrale et orientale
Auteur : Patrick Sériot
Éditeur : Editions Petra
Collection : Sociétés et cultures post-soviétiques en mouvement
Date de publication : 09/04/10
N° ISBN : 2847430261
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2 commentaires

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Emanuel

18/06/10 19:59
Tout dépend les pays, il ne faudrait pas homogénéiser l'Europe de l'Est qui présente des configurations linguistiques tout à fait diverses. En ce qui concerne l'Estonie et les russophones, il est bien clair que la citoyenneté est liée à la langue, puisque pour obtenir la citoyenneté estonienne, certains russes habitant depuis longtemps dans la région ont dû passer un examen de langue (il existe des cas de citoyens russes vivant sur le territoire estonien et qui suite à la chute de l'URSS ne détiennent aucune nationalité). Je ne suis pas certain pour la Lettonie, mais je suppose que cela fonctionne sur le même système. Le but du livre est simplement d'analyser le discours sur la langue dans d'autres espaces géographiques (Europe centrale et orientale), et de montrer les enjeux politiques que celui-ci comprend. J'espère avoir répondu à votre question...
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babelouest

17/06/10 18:59
Ouf ! C’est assez abscons... essayons d’être clairs, avec un exemple concret. Il se peut que je sois complètement à côté du sujet, cependant.

On est français ET breton. On est bavarois ET allemand. Dans beaucoup de pays, la langue est un surensemble de l’appartenance, alors qu’en France c’est l’inverse. Pour les pays de l’est, par exemple en Lettonie les russophones sont des étrangers, car c’est la langue qui compte.

Est-ce bien ce qui était à démontrer ?

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