La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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L’erreur de la rigueur
[mardi 01 juin 2010 - 16:00]
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Dans le cadre du partenariat de nonfiction.fr avec le site cartessurtable.eu, retrouvez une fois par semaine sur nonfiction.fr un article qui revient sur un sujet au coeur de l'actualité du débat d'idées. Cette semaine, voici une contribution de Julia Cagé sur les politiques de rigueur en Europe.




Depuis quelques semaines, les plans d’austérité se multiplient partout en Europe, que ce soit en Italie, au Danemark, en Espagne, au Portugal, au Royaume-Uni, en Grèce, en France ou encore en Allemagne. Comme s’il devenait tout à coup indispensable de revenir à 3 % de déficit public. Comme si les Etats cédaient tout à coup à la pression des marchés et des agences de notation. Comme si ? Non, parce que c’est bien ce qu’ils font. Alors qu’il n’est bien évidemment – nous y reviendrons – pas indispensable de revenir d’ici seulement un ou deux ans à ces fameux 3 %, alors qu’il est dangereux de vouloir y revenir trop vite alors même que nous ne sommes pas encore sortis de la crise, ce sont bien les agences de notation et la pression des marchés qui semblent avoir fait perdre la tête à nos dirigeants européens. Quelques données sur ce qui est en train d’être fait.

La Grèce tout d’abord, puisque c’est par elle que tout a commencé. La Grèce qui, après un premier programme d’économie de 4,8 milliards d’euros pour 2010, a consenti, en échange de 110 milliards d’euros d’aide internationale, à faire 30 milliards d’économies supplémentaires d’ici 2012, avec pour objectif de ramener le déficit budgétaire de 14 % en 2009 à 3 % en 2014. Les mesures annoncées sont une hausse de la TVA et des taxes sur les carburants, l’alcool et le tabac, un gel des salaires dans le secteur public, et une baisse de 7 % en moyenne des pensions de retraite. Autrement dit des mesures qui vont réduire le pouvoir d’achat des citoyens, donc la demande, et vont entraîner sans doute une forte récession de l’économie.

Mais les Grecs sont loin d’être les seuls à jouer à ce jeu dangereux. L’Italie a ainsi annoncé un plan d’austérité de 24 milliards d’euros (soit 1,6 % du PIB) avec, du côté des dépenses, un gel de trois ans des salaires des fonctionnaires et une réduction de 10 % des dépenses des ministères, et du côté des recettes, un renforcement de la lutte contre l’évasion fiscale et une augmentation de la fiscalité sur les stock-options et sur les bonus des hauts dirigeants d’entreprises privées (soyons objectifs, tout n’est pas noir, et on ne peut que se réjouir des mesures italiennes portant sur les recettes – et s’interroger par là-même sur la raison pour laquelle la plupart des autres pays européens se sont contentés de mesures de réduction des dépenses…). Ces mesures doivent permettre au gouvernement de tenir son engagement de ramener le déficit public à 2,7 % du PIB en 2012 (2,7, pas 3, les critères de Maastricht, c’est connu, sont bien trop laxistes !) contre 5,3 % en 2009.

Le plan danois vise lui aussi à ramener le déficit sous la barre des 3 % du PIB d’ici 2013, contre les 5,5 % prévus en 2010, avec des économies totales de 3,2 milliards d’euros d’ici à 2013. Les différentes mesures prévues par ce plan sont la réduction de quatre à deux ans de la durée maximale d’indemnisation du chômage (adieu flexicurité tant vantée par tous les pays occidentaux), un gel de l’aide au développement durant trois ans (on ne peut que le regretter, mais reconnaissons tout de même qu’en matière d’aide, le Danemark est l’un des rares bons élèves de la communauté internationale), un plafond pour les allocations familiales, la suppression d’allègements fiscaux et la baisse de 5 % des salaires des ministres (cette mesure-là est surtout symbolique, mais on ne peut que s’en féliciter – après tout, s’il faut se serrer la ceinture, autant que tout le monde soit logé à la même enseigne).

L’Espagne – à qui le FMI demande des réformes "urgentes", notamment de flexibiliser le marché du travail, de consolider le budget pour asseoir les finances publiques sur une base viable, et de consolider le secteur bancaire – a quant à elle annoncé des mesures d’austérité destinées à économiser 15 milliards d’euros en 2010 et 2011, avec la suppression dès cette année de 13 000 postes dans la fonction publique, une réduction de 5 % en 2010 et un gel en 2011 des salaires des fonctionnaires. Le gouvernement espère ainsi ramener le déficit budgétaire à 9,3 % du PIB cette année, et à 6 % en 2011, contre 11,2 % en 2009. Ce déficit devrait ensuite être ramené à 3 % du PIB d’ici à 2013. L’Espagne qui vient encore de voir sa note dégradée… Comment ne pas y voir la main des marchés ?

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