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critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Le stade et les cabanes de Cape Town
[lundi 31 mai 2010 - 11:00]
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Il se pourrait bien que les supporteurs qui vont, d’ici quelques jours, déferler sur l’Afrique du Sud pour soutenir les équipes engagées dans la Coupe du monde de football découvrent un pays dont on ne leur a pas forcément parlé ; un pays à mille lieues de la Nation arc-en-ciel de Mandela ou du couple “violence/frénésie sécuritaire” surexploité par la presse occidentale ces dernières années.

Il est en effet probable que ces mêmes étrangers soient témoins, à Cape Town, des initiatives récemment annoncées par les porte-parole d’Abahlali baseMjondolo (littéralement, le “Mouvement de ceux qui vivent dans les cabanes”). Le 22 mai, cette structure, qui mobilise dans plusieurs des quartiers de Kayelitsha, la grande township noire du Cap, a en effet lancé une campagne revendiquant un droit à la ville.

Se disant fatigués des “promesses vides” formulées depuis des années par les partis politiques, les dirigeants d’Abahlali au Cap (il existe un autre Abahlali baseMjondolo à Durban, dans la Province du KwaZulu Natal) entendent à cette occasion rappeler une évidence : même les pauvres ont droit à des conditions de logement décentes, leur permettant de bénéficier des opportunités économiques et sociales qu’offre d’ordinaire la ville.
 
Une telle revendication fait évidemment d’autant plus sens qu’elle est portée par des gens vivant dans des cabanes faites de tôle et de matériaux de récupération, sur des terrains rarement électrifiés, très souvent dépourvus de sanitaires et éloignés du centre-ville et de ses emplois.
 
Concrètement, The Right to the City Campaign devrait ainsi voir de nombreux habitants de Kayelitsha manifester dans les rues du Cap et ériger, les jours de match, des cabanes à proximité d’un stade flambant neuf pour lequel il n’a manifestement pas été difficile de trouver un terrain en centre-ville. L’enjeu d’une telle initiative est de permettre à chacun de constater, même a minima, ce que peut être une vie dans l’un des 2 700 camps de squatters (informal settlements) que compte le territoire sud-africain. Elle résume, en outre, parfaitement l’état de la question sociale post-apartheid et saisit au passage tout un pan de la protestation sociale qui, depuis maintenant plus de dix ans, secoue le pays.
 
L’Afrique du Sud connaît en effet, depuis la fin des années 1990, un certain renouveau contestataire. Plusieurs organisations ont en effet, ces dix dernières années, émergé en différents points du territoire. L’Anti-eviction campaign (dans la région du Cap), l’Anti-privatisation forum (région de Johannesburg), le Soweto electricity crisis committee, le Concerned Citizen Forum (Durban), le Landless People’s Movement (Province du Gauteng) et, à partir de 2005, Abahlali baseMjondlo à Durban, ont multiplié les marches, les recours juridiques, les mémorandums adressés aux autorités locales et les pratiques à l’illégalité assumée (raccordements sauvages à l’eau ou à l’électricité, opposition physique aux expulsions, destruction des compteurs d’eau à pré-paiement, etc.), afin de dénoncer les reniements et manquements de l’ANC aux engagements de “reconstruction et de développement” pris en 1994. L’intimidation, l’agression physique et la répression ont souvent répondu à ces différentes actions, comme en témoignent les incarcérations de nombreux activistes ou, plus récemment, l’attaque par des militants ANC du camp de Kennedy Road (Durban), bastion des dirigeants d’Abahlali.
 
Au travail de mobilisation de ces organisations s’est également ajoutée, depuis le milieu des années 2000, la multiplication de “soulèvements spontanés” à travers le pays. Se confondant avec la destruction de locaux administratifs, l’érection de barricades sur des axes routiers, l’agression de représentants des autorités politiques et administratives ou l’affrontement direct avec la police, ces insurrections impliquent principalement de jeunes chômeurs entendant dénoncer l’absence et la médiocrité de certains services (logement, eau, électricité notamment) ou la corruption d’élus locaux.

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