On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Justement, la troisième partie ("l’Homme-Dieu", sept chapitres, à nouveau une centaine de pages) est centrée sur l’œuvre de Nicée et de Chalcédoine. Et l’ouvrage se referme sur un épilogue, plus personnel, où réapparaît le philosophe (il aime Spinoza, et comme il a raison !) et l’homme de foi.
Un livre de vulgarisation donc. L’épithète chez nous fut longtemps péjorative. Or, la bonne vulgarisation est un art. Les plus grands l’ont parfois courtisée. Avec bonheur ? Pas toujours. Aussi bien en philosophie qu’en histoire. Et ici ? Aux "catéchisés" depuis longtemps (l’âge aidant, c’est le cas du signataire de ces lignes), le début du livre n’apprendra rien : ils lisent les Évangiles, les Actes et St Paul. Les développements qui suivent sur les premières déviances et hérésies laissent évidemment l’historien du christianisme sur sa faim. Mais comment rester clair, abordable par le plus grand nombre sur les querelles du "Filioque" ou de la "Theotokos" ?
Restent aussi un certain nombre d’à-peu près (parfois plus…) sur Constantin (Palanque, Marrou et Charles Pietri auraient été précieux), sur certains Pères de l’Eglise : l’auteur n’aime pas Tertullien, mais il est trop gentil avec Cyrille d’Alexandrie, ce "caractériel irascible", et surtout il néglige trop Saint Augustin.
Les pages sur l’arianisme sont incomplètes : loin de le voir se continuer seulement en Gaule , comment oublier Théodoric et surtout l’Espagne Wisigothique, aujourd’hui en pleine réhabilitation par la médiévistique espagnole ? Les pages 280-281 sur le XVIe volume du Code théodosien sont aussi insuffisantes après l’édition récente qui vient d’en être donnée. Le livre est aussi, in fine, entaché d’un certain nombre de fautes, peut-être imputables, hélas, aux techniques d’édition aujourd’hui, à l’absence de correcteurs professionnels : page 202, une bien fâcheuse bataille du Pont Vilnius (le pauvre ne méritait pas d’être ainsi débaptisé !) ; page 233, que sont au juste les travaux "d’habilitation" (?) de la ville, Constantinople en l’occurrence ? Serait-ce un terme de nos modernes réglementations d’urbanisme ? Page 234, une erreur flagrante, due sans doute à un défaut de rédaction : Athanase a succédé à Alexandre sur le siège d’Alexandrie, pas le contraire. Quant à écrire, page 240, que Wulfila fut le sauveur de l’Eglise ?…
A travers tous ces conflits, théologiens et conciles aidant, une orthodoxie est née, au nom de laquelle pendant des siècles la "Grande Église" va pouvoir condamner les autres. Nous savons bien, nous historiens, que le foisonnement des hérésies témoigne non de la fadeur des croyances, mais de leur vitalité : c’était vrai au début du christianisme, ce le fut encore au Moyen Age et à la Renaissance. Reste - et c’est une des questions que ce livre, sans doute moins réussi que son prédécesseur, mais utile après tout pour le "grand public" - pose : les formulations christologiques retenues, concile après concile, à jamais figées dans le Credo, sont-elles encore comprises, voire compréhensibles par nos contemporains? Ce qui pose la question plus vaste encore de la formulation des dogmes, ce qui n’est pas rien, on en conviendra.
Sur ces matières d’accès ô combien difficiles, l’équilibre entre culture savante et vulgarisation sérieuse était une vraie gageure. Frédéric Lenoir a eu le mérite de relever le défi, il a souvent réussi, parfois moins. Avec d’indispensables corrections, son livre sera sans nul doute rapidement réédité. On le lui souhaite en tout cas![]()
2 commentaires
Arctus
Au sein de cette évangile, le Seigneur a pronncé l'équivalent d'une "vingtaine de pages A4".
Lisez!
20 pages qui valent tous les "mystères" du monde!
Sylvain Reboul