Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Philosophe de formation, Frédéric Lenoir est aujourd’hui directeur du Monde des religions et producteur sur France-Culture. Il a déjà beaucoup écrit, des romans, du théâtre, des essais, des ouvrages sur Bouddha, sur Socrate et naturellement sur Jésus. Le présent livre d’ailleurs est un peu la suite de son Christ philosophe de 2007, dont nous avons rendu compte ici même.
Cette fois c’est bien de christologie qu’il va s’agir : comment au cours des cinq premiers siècles de l’histoire chrétienne, de la naissance de Jésus au Concile de Chalcédoine, s’est forgée, précisée, affinée, la doctrine "officielle", celle qu’enseigne l’Eglise de Rome (mais les autres ?…), sur Jésus. Dès les origines, que de ténèbres, on le sait : où et quand est-il né ? Ses parents ? Ses frères et sœurs ? Ne comptez pas sur les sources historiques si connues. L’auteur rappelle brièvement en début de volume (huit pages, pas plus) la fameuse lettre de Pline le Jeune à Trajan, les rares passages de Tacite et de Suétone, Flavius Josèphe bien sûr. Pour le reste, ce que nous savons de Jésus, de sa naissance et de son enfance, de sa vie publique et de sa prédication, de sa mort enfin, nous vient, on le sait, des Évangiles, des Épîtres de St Paul et des Actes des Apôtres.
Ce n’est pas rien, mais ce sont des sources tardives et partisanes, qui plus est souvent dissonantes, sinon contradictoires. Tout ceci bien connu n’est pas l’essentiel du livre évidemment.
Frédéric Lenoir l’a divisé en trois parties, chacune correspondant à une phase précise de l’expansion du christianisme : le Ier siècle ("Jésus vu par ses contemporains", 4 chapitres) rappelle la naissance et l’enfance de Jésus, en insistant sur sa judéité ("un rabbi"), et sur la marque précoce du sceau divin (baptême, Transfiguration et Résurrection), enfin sur les premières tensions que ne manque pas de faire naître la prédication de l’Apôtre des Gentils avec les judéo-chrétiens.
La seconde ("Jésus au pluriel", audacieux raccourci, mais la formule n’est guère heureuse), en sept chapitres et une centaine de pages, évoque la première expansion du christianisme, les premières persécutions (Dèce, 249-251, Dioclétien 303-311), les premières formulations christologiques (le prologue de St Jean), bientôt suivies, hélas, des premières dissonances sur le problème de l’Homme-Dieu (docétisme, adoptianisme, plus graves, gnose et manichéisme) : Frédéric Lenoir a raison de montrer que Marcion fut à l’origine d’une véritable "contre-église" qui eut d’ailleurs la vie dure. La réponse ne tarda pas : élimination des apocryphes (si à la mode aujourd’hui : c.f. les deux Pléiades récentes) et fixation du Canon, élaboration surtout du dogme trinitaire (l’auteur a, hélas, raison un peu plus loin de remarquer que nos contemporains ne s’en préoccupent plus guère !), tout ceci préfigurant l’œuvre des premiers conciles.
2 commentaires
Arctus
Au sein de cette évangile, le Seigneur a pronncé l'équivalent d'une "vingtaine de pages A4".
Lisez!
20 pages qui valent tous les "mystères" du monde!
Sylvain Reboul