La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

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Rokkasho-mura, la presqu’île au nucléaire japonaise
[dimanche 30 mai 2010 - 00:00]
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Parmi eux, il y a Nyanko (petit chat), un artiste de rue jouant d’un instrument traditionnel japonais. Il a commencé à s’opposer au nucléaire avec les manifestations contre les tests de la centrale d’Ikata au début des années 1980. A l’époque, "je balançais des pierres sur les flics" raconte-t-il en riant. Le reflux du mouvement antinucléaire et de tous les mouvements sociaux au Japon s’explique selon lui par une "perte de conscience de classe"  . Voyageant régulièrement en France, pour le Festival d’Avignon, il se dit par exemple très étonné du mouvement des intermittents de l’été 2003. "Au Japon, un mouvement de cet ampleur et sur ce thème, c’est impossible", ajoute-t-il.

Un musée pour les enfants

Il y a comme un sentiment de défaite chez les antinucléaires de Rokkasho. Celui-ci s’exprime à demi-mot, mais se voit dans le regard triste de Mme Kikukawa lorsque nous évoquons l’achèvement de l’usine de retraitement. L’usine, malgré les craintes qu’elle suscite, est le premier employeur de la région. "Tous les lycéens de Rokkasho rêvent d’y travailler" reconnaît, amère, Madame Kikukawa. Beaucoup d’habitants se sont résignés.

Il faut dire que la JNFL s’est donnée les moyens de communiquer efficacement auprès de la population sur son usine. Du paysage vallonné et enneigé de Rokkasho-Mura, émerge le PR center (Public Relations Center), un musée en forme de bambou fendu, construit par l’architecte Kurokawa Kishô. Premier détail frappant : le musée est gratuit  . La visite commence au troisième étage, où une tour panoramique permet d’apprécier le paysage. "Ici, normalement, on peut voir l’usine de retraitement" nous indique notre guide, sauf que ce jour là il y a une tempête de neige et qu’on ne voit rien du tout. S’ensuit une description du cycle du combustible sur un immense panneau où des petites usines s’éclairent de toutes les couleurs à chaque étape. Sur des écrans, les animaux mascottes du PR center expliquent gaiement le cycle du combustible. Puis vient l’attraction principale, puisque ce "musée" a tout d’un parc d’attractions. En descendant du deuxième au premier étage on peut suivre en effet toutes les étapes du retraitement. Appuyant sur un bouton, une machine vient immédiatement chercher une barre de combustible usée dans une petite piscine et la fait rentrer dans une zone invisible où les barres vont être cisaillées. On descend d’un étage et les morceaux arrivent avec grand bruit dans un tuyau transparent pour tomber dans une cuve d’acide nitrique représentée par un autocollant jaune fluo. Enfin vient le moment où l’uranium et le plutonium sont séparés, dans un festival de loupiotes rouges et vertes ressemblant plus à l’univers de Star Trek qu’à une usine de retraitement. Mais sans doute faut-il insuffler du rêve pour obtenir l’adhésion. La raison de tout cela, nous est donnée quelques minutes plus tard alors que nous remarquons dans un coin des petites tables pour enfants, avec des jouets et des peluches. Quand nous en demandons la raison à Sasaki Yoshiaki du Département des relations publiques de la JNFL, celui-ci explique que "ce musée est spécialement conçu pour les mères et leurs enfants". Les femmes - et leurs enfants, la future génération de Rokkasho-mura - sont donc l’objet d’une attention toute particulière, à la mesure de la menace qu’elles représentent pour l’industrie nucléaire. Car, à l’instar de Madame Kikukawa et comme le montre les sondages, ce sont elles qui sont le plus opposées au nucléaire.

En 2008, l’usine de retraitement, une copie de celle de La Hague, était en cours d'achèvement et devait être opérationnelle à l'automne. Elle n’est à l’heure d’aujourd’hui toujours pas entrée en fonctionnement. Pourtant, comme l’affirme à regret Madame Kikukawa, "les antinucléaires n’y sont pour rien !". En effet, c’est à cause d’une fuite de 150 litres d’un liquide hautement radioactif dans l’atelier de vitrification des déchets ultimes que le site n’ouvrira pas encore avant plusieurs mois. "Nous faisons tout pour trouver une solution le plus rapidement possible" répond laconiquement Sasaki Yoshiaki, qui n’en mène pas large. Les antinucléaires de Rokkasho, eux, se remobilisent peu à peu.

Mathieu GAULÈNE
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