La phrase

Il y a d'excellentes raisons de combattre l'Occident, il y a d'excellentes raisons de vouloir la fin de cette société, et qui ne se réduisent en rien au fait de vouloir y répandre la terreur. Cazeneuve et les spin doctors de l'antiterrorisme n'y peuvent rien : ce n'est pas en enfermant toujours plus leurs ennemis dans la figure du monstre, ni en multipliant contre eux les procédures judiciaires les plus démentes, que les démocraties occidentales retrouveront leur honneur perdu.

Collectif de Tarnac, Le Monde, 18 juillet

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Rokkasho-mura, la presqu’île au nucléaire japonaise
[dimanche 30 mai 2010 - 00:00]
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Le Japon, troisième producteur d’énergie nucléaire au monde, après les Etats-Unis et la France, a connu ces dernières années une longue série d’incidents : incendie dans le surgénérateur de Monju en 1995 ; fuite radioactive à Tôkai-mura en 1999, causant la mort de deux ouvriers et l’évacuation de centaines de personnes du village de Tôkai ; fuite de vapeur radioactive à Mihama en 2004 et mort immédiate de cinq ouvriers et enfin, le séisme de Kashiwazaki-Kariwa en 2007. Dans ce contexte, les récents déboires de l’usine de retraitement de Rokkasho-mura, construite par le français Areva sur le modèle de l’usine de La Hague, risquent fort de peser dans une opinion publique de plus en plus hostile à l’énergie nucléaire. Selon un sondage du Japan Atomic International Forum, seuls 27 % des hommes et 9 % des femmes pensent que "l’énergie nucléaire est nécessaire".

 

 

Dans un petit hameau comptant au bas mot une dizaine de fermes dont la moitié à l’abandon, au fond d’une route que n’indiquent pas les cartes de la région se dresse la "ferme des fleurs et des herbes". Et derrière cette ferme, dans un paysage froid et monotone, un immense champ de tulipes. "Quand je suis revenu vivre ici, je pensais d’abord cultiver des légumes pour les vendre. Mais j’ai vite dû comprendre que des légumes produits à Rokkasho ne se vendraient pas. Alors, parce qu’il fallait vivre, j’ai réfléchi, j’ai pensé à faire des éoliennes et de là, mon esprit a vagabondé des moulins à la Hollande, et j’ai alors décidé de faire des tulipes" raconte Madame Kikukawa en souriant. Ce petit morceau de bout du monde ne se situe pas en effet au Pays-Bas, mais au village de Rokkasho, au nord du Japon, sur la péninsule de Shimokita. Et si cette militante antinucléaire s’est refusée à cultiver des légumes ici, c’est que cette mince bande de terre de 14km, se situant entre l’océan Pacifique et la baie de Mutsu, a été choisie pour devenir "la Mecque du nucléaire" au Japon.

De l’eldorado pétro-chimique au complexe nucléaire


Le complexe nucléaire, géré par la Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL), un conglomérat rassemblant l’ensemble du secteur de l’industrie nucléaire, regroupe sur quelques kilomètres carrés une usine d’enrichissement d’uranium, un centre de stockage des déchets radioactifs et une toute nouvelle usine de retraitement des combustibles usés, construite grâce à un transfert de technologie du groupe français Areva. Le "cycle du combustible" se retrouve comme matérialisé sur une même zone. La boucle est bouclée pourrait-on dire. Pourtant la construction de ce complexe nucléaire, d’hier à aujourd’hui, ne s’est pas faite sans accrocs.

Il a d’abord fallu convaincre la population locale du bien fondé de ce projet. Tâche ardue quand celle-ci estime s’être faite flouer deux fois. La première, c’était dans les années 1970, lorsque la "mise en valeur de la région Mutsu-Ogawara" promettait des lendemains qui chantent avec un projet de pôle pétrochimique. Certes, alors que le Japon subissait une pollution massive, semblable à la Chine de nos jours  , des voix discordantes apparurent, et la "mise en valeur" s’accompagna de quelques expropriations violentes. Mais dans l’ensemble, les habitants de Rokkasho soutinrent ce projet car la promesse d’emplois et de revenus compte ici. Se situant à Aomori, la préfecture la plus pauvre du Japon avec Okinawa, la localité de Rokkasho fut peuplée à la fin de la guerre par des rapatriés des colonies de Sakhaline et de Mandchourie. Et malgré bien des efforts, cette terre battue par les vents et où il neige six mois par an ne rapporte guère. Alors, le maire de Rokkasho, Terashita Rikizaburo, principal opposant au projet, vit ses soutiens fondre comme neige au soleil et bon gré mal gré, les villageois acceptèrent ce projet avec l’espoir de voir leurs enfants continuer à vivre sur cette terre.

Pourtant, les années passèrent et rien ne vint. Mis à part les stocks nationaux de pétrole construits après la première crise pétrolière de 1973, aucun industriel ne voulait venir s’installer sur l’immense no man’s land créé à cet effet. L’eldorado pétrochimique s’éloignait. C’est dans ce contexte que l’idée d’une base industrielle consacrée au cycle du combustible nucléaire apparut. Certains soupçonnèrent alors que le gouvernement avait ce projet en tête depuis le début et en gardèrent un goût amer.

Mathieu GAULÈNE
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