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critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Lesbienne et fière de l'être
[dimanche 30 mai 2010 - 14:00]
Gender studies
Couverture ouvrage
Mauvais genre. Parcours d'une homosexuelle
Paula Dumont
Éditeur : L'Harmattan
126 pages / 12,35 € sur
Résumé : Le récit sensible et lucide d’une lutte pour être soi-même et s’affranchir du poids du regard familial et social.     
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Une écriture poignante

Après avoir lu avec intérêt l’autobiographie de Paula Dumont Mauvais Genre, on mesure combien écriture et catharsis peuvent aller de paire. Dans ce récit d’enfance et d’adolescence très bien écrit, l’auteure affronte son histoire, les blessures du passé, ses "vieux démons" – mais rend aussi hommage aux quelques anges gardiens qui ont veillé sur son existence – avec une franchise qui aurait pu faire peur si elle n’avait pas été aussi bien amenée, aussi sensible et lucide. Indéniablement, Paula Dumont sait manier les mots et nous faire rentrer dans sa vie avec la générosité de l’écrivain qui donne tout sans compter, avec de surcroît l’humour de la conteuse aux faux airs de "cow-boy bourru au cœur tendre" qui n’a pas aussi "mauvais genre" qu’elle veut bien le dire.

Alors, on ne peut qu’aimer Mauvais Genre ? Oui, c’est ce genre de témoignages, riches d’enseignement sur le désir homosexuel (je pense notamment au traitement du lien entre homosexualité et psychiatrie, homosexualité et inceste, homosexualité et bovarysme, etc., qu’on peut y trouver) qui manque encore dans la production littéraire LGBT actuelle. Mauvais Genre, loin d’être un essai militant et prosélyte, expose le désir homosexuel dans toute son ambiguïté, sa complexité. Et il est heureux de voir arriver la nouvelle littérature biographique homosexuelle, les tout premiers récits de vie des pionniers de la "Libération homosexuelle" des années 1960-70 offrant un regard rétrospectif sur les cinq dernières décennies de l’homosexualité visible et amoureuse. Ces témoignages constituent une ressource précieuse d’information, une base solide pour l’investigation, une banque d’archives dont on n’a pas fini de découvrir les richesses. Les personnes homosexuelles, mais aussi les personnes dites "hétérosexuelles" n’auront aucun mal à s’identifier à cette "tranche de vie" offerte par Paula Dumont, une tranche de vie beaucoup plus universelle qu’il n’y paraît.

Poings trop n’en faut

Cependant, à y regarder de plus près, on pourrait aisément discuter la vision essentialiste de l’homosexualité défendue par l’auteure (par exemple l’usage substantivé de l’adjectif "homosexuel" jusque dans le sous-titre de la biographie : Mauvais Genre. Parcours d’une homosexuelle). On pourrait également reprocher le surplus d’émotivité qui se dégage parfois du texte : "Plus de quarante ans plus tard, j’ai du mal à écrire ces lignes sans émotion"   ; "J’ai la gorge serrée et les yeux embués en écrivant ces lignes, plus de quarante ans après avoir vécu cet émouvant épisode"  . Mais Paula Dumont ne bascule jamais dans la complaisance larmoyante. D’ailleurs, n’est-ce pas aussi le rôle de l’autobiographie que de nous émouvoir et d’émouvoir celui ou celle qui se raconte ? Par ailleurs, on pourrait s’étonner de lire chez celle qui se méfie des excès des féministes radicales   des élans de victimisation excessifs (par exemple, il est question en conclusion de notre "monde misogyne où toutes les femmes sont emprisonnées"  . On pourrait enfin regretter la confusion très "queerisante" et "dans l’ère du temps" entre sexe biologique et genre (le premier étant un fait indiscutable, naturel, le second un concept mouvant, culturel, ni totalement indissociable ni totalement assimilable au premier) : "J’ai mauvais genre. Bien qu’étant une femme, j’ai les cheveux courts comme les messieurs qui ne veulent pas se faire remarquer. En outre, je m’obstine à m’habiller de telle manière qu’on me prend souvent pour un homme"  . Dans la bouche de Paula Dumont, l’image de l’identité sexuée – ou plutôt l’image inversée, "mauvaise" dira-t-elle cyniquement, de l’identité sexuée – EST l’identité (d’homme ou de femme) ; le masculin EST l’homme, et le féminin, la femme. Elle parle par exemple de la  "symbolisation du sexe de la femme"   et non du sexe de la femme. La prévalence pour l’apparence sexuée au détriment de la réalité de la sexuation est induite dans son discours ("tout en sachant que je suis une femme, je dois impérativement me donner l’apparence d’un homme"  ). Elle croit que le genre EST le sexe puisqu’elle dit avoir été marquée dans son adolescence par la théorie uraniste de l’inversion  . En deux temps trois mouvements, elle passe caricaturalement de l’apparence à la nature, de l’image d’identité à l’identité : "Je me devais d’être la plus virile possible pour être conforme à ma nature profonde"   ; "L’an dernier encore, je justifiais mon genre et mon homosexualité en me bornant à déclarer que tous deux faisaient intrinsèquement partie de moi, que les nier serait me nier moi-même (…). J’ai tenu ce raisonnement tout au long de mon existence"  . L’image, les fantasmes, les regards, et les peurs, semblent l’emporter sur le Réel.

 

Titre du livre : Mauvais genre. Parcours d'une homosexuelle
Auteur : Paula Dumont
Éditeur : L'Harmattan
Date de publication : 10/03/09
N° ISBN : 2296077544
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