Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
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Ce monde que nous avons perdu : ce titre, qui fut celui d’un livre important de Peter Laslett sur un tout autre pays, l’Angleterre, dans un tout autre siècle, le XVIIème, aurait pu convenir au présent volume. D’autant que l’intitulé retenu par Laurence Americi et Xavier Daumain, tous deux maîtres de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Provence (et/ou leur éditeur), est quelque peu trompeur ; car, en dehors de ce patronat d’armateurs, de commerçants, de banquiers et d’industriels, Marseille a tout de même nourri aussi, souvent jusqu’à notre époque, d’autres familles illustres, de médecins (les Roux de Brignoles, Olmer, Seux, Sedan, Bremond entre autres), d’architectes (Bérengier, Chirié) et d’artistes (Bernard, Carli, Petipa), de musiciens (les Marie, les Rampal), d’horlogers (les Bornand) et de joailliers (Pellegrin), de journalistes (Samat) et de photographes (la tribu Detaille), d’archivistes (les Reynaud), d’avocats et de juristes (les Vidal-Naquet), et même de pâtissiers (les Castelmuro) ! Dans ces conditions, peut-être eût-il mieux valu intituler le présent volume Les dynasties d’affaires de Marseille aux XIXème et XXème siècles. C’est bien en effet d'elles qu’il est question.
Marseille comme emporion
Curieuse ville en vérité que Marseille, victime des aléas des conjonctures politiques, économiques, et qui toujours rebondit… Charles Carrière, dans une thèse pionnière et exemplaire, avait su montrer, dès 1973, que le XVIIIème fut un grand siècle marseillais . On sait que les années 1820-1980, "dates rondes" aurait dit Pierre Chaunu, sont aussi celles d’un grand siècle marseillais, dont les traces sont encore visibles dans le paysage urbain.
Le réveil de Marseille, après les éprouvantes épreuves de la Révolution (le premier patronat marseillais fut décimé par l‘émigration, la Terreur, la guillotine), puis de l‘Empire, d‘où est-il venu ? D‘une part d‘une conjoncture plus favorable, de lois libérales plus favorables au commerce mais aussi d‘un afflux de talents, venus d’un peu partout, d’abord de la Provence toute proche bien sûr , de la Ciotat , du Vaucluse , du Var , de Digne ou du Languedoc , mais parfois de bien plus loin, d’abord d’Italie -de Gênes par exemple, comme les Rocca et les Roncayolo- et même d’Allemagne . Plus importants encore furent les apports de l’Orient - les relations avec les Echelles du Levant remontaient au moins aux Croisades) -, des Chiotes -,ou de la Syrie . Le creuset marseillais eut vite fait d’absorber les uns et les autres dans l’élite commerciale de la ville et du port. Les premiers chapitres du livre le rappellent fort opportunément : tout naît à Marseille du commerce maritime : on y est d’abord armateur, marchand, courtier maritime ; la banque et l’industrie ne sont que secondes.
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