On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L'édition ou la réédition d'un cours polycopié, lorsque l'orateur est aussi prestigieux que Gabriel Le Bras (1891-1970) , est toujours, en soi, un événement à saluer. Quarante ans après le décès de ce dernier, l'historien du droit Pierre Legendre, directeur de collection aux éditions Mille et une nuits, a souhaité faire sortir de la confidentialité un cours professé durant l'année universitaire 1940-1941, dont ne subsistent que quelques copies dans les bibliothèques universitaires françaises .
Il est question dans cet ouvrage de police religieuse bien plus largement que de police ecclésiastique ou des cultes en France, durant plus de quatorze siècles. Si l'on peut évidemment relever le fait que la police religieuse appartienne en premier lieu à l'Eglise, énoncée dans la législation canonique , Gabriel Le Bras attache une importance certaine à l'ingérence étatique dans le domaine du "croire", lorsque la police ecclésiastique ne serait que le fait de permettre au culte de s'organiser. Le roi n'est pas dépeint comme un médiateur religieusement et spirituellement indifférent, œuvrant à la liberté d'exercice du culte. Bien au contraire, il se positionne comme bras armé, par l'Eglise catholique et à son service exclusif. Il y a donc ici un présupposé idéologique : l'unité du peuple, l'ordre public, sont impensables sans ingérence étatique dans la sphère religieuse ou, pour dire les choses plus simplement, le peuple de Dieu et le peuple du royaume ne font qu'un. Le roi, dans l'esprit de François 1er, est "protecteur, conservateur, garde et exécuteur" de l'Eglise : "Protecteur de l'Eglise, dit Gabriel Le Bras, le roi défend l'orthodoxie, empêche la profanation des lieux saints, surveille l'accomplissement des devoirs religieux. Conservateur, il sauvegarde la pureté de la foi, la pureté de la liturgie traditionnelle ; lorsque l'on fait des modifications au bréviaire, il arrive que le roi de France intervienne pour sauvegarder la liturgie traditionnelle. Garde et exécuteur, il impose l'administration régulière et gratuite des sacrements, il ordonne ou autorise le transfert des reliques, parce qu'il veut que les reliques soient placées dans les lieux où les fidèles peuvent les vénérer le plus commodément. Nos rois demandent des prières publiques, en quoi ils ne se distinguent pas de toutes les Républiques, mais ils les demandent plus ordinairement" .
C'est une histoire trouvant son point d'origine, grosso modo, avec le baptême de Clovis, et s'achevant avec la loi de décembre 1905 relative à la séparation des cultes et de l'Etat, que relate Gabriel Le Bras, reprenant les "missions" royales précitées dans les domaines de la foi, du culte et de la pratique. La police de la foi, comprenant le redressement par la peine corporelle, s'exerce contre les hérétiques. En ce domaine, Gabriel Le Bras consacre une importante part de son cours à la situation des protestants dans un royaume partagé entre volonté de tolérance (1598-1685) et démonstration d'intolérance (1686-1787) . Il évoque encore la crise janséniste, le quiétisme, la superstition et l'athéisme. La police du culte regarde le respect du aux lieux sacrés, ce qui passe tant par la répression du sacrilège, l'imposition du respect du temps, qui se déroule au rythme des fêtes religieuses, que l'organisation des cérémonies ordinaires (messe dominicale) ou extraordinaires (pèlerinages et processions). L'ingérence royale va au-delà de la simple possibilité d'exercer le culte, c'est tout l'environnement et le quotidien des sujets qui est "sacralisé". Enfin, la police relative à la pratique a trait à la réception des sacrements. L'auteur souligne que le comportement étatique oscille entre l'ingérence subtile visant à donner la possibilité de réception à la dissidence (notamment les jansénistes) et un refus de l'obliger pour d'autres (les protestants), malgré une législation contraignante via la possession d'un état-civil conditionné par le baptême et le mariage catholiques.
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