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Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

Le président de la République a soulevé une montagne, elle retombe sur lui. En lançant l'offensive contre les Roms, le gouvernement français croyait régler à son avantage électoral un problème de simple police de frontières et de réglementation municipale. Enorme erreur. La question des Roms n'est pas de sécurité policière ou sociale, mais d'abord de sécurité mentale.

André Glucksmann, Le Monde, 31 août 2010.  

Les idées sur le Web

Fondation Gabriel Peri
Le think tank du Parti communiste français
Repenser les dictatures en Amérique latine
[lundi 24 mai 2010 - 18:00]
Amérique Latine
Couverture ouvrage
L'Amérique latine des régimes militaires
Stéphane Boisard (dir.), Armelle Enders (dir.), Geneviève Verdo (dir.)
Éditeur : Presses de Sciences Po
304 pages / 19 € sur
Résumé : Ce numéro de la revue Vingtième Siècle remet en question les représentations toutes faites des régimes militaires en présentant un bilan des nouvelles recherches sur les "années de plomb" de l’Amérique latine.
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Dans son numéro janvier-mars, la revue Vingtième Siècle a consacré un dossier spécial à "L’Amérique latine des régimes militaires". Établies durant la période 1960-1980, les dictatures militaires sont devenues les objets d’une recherche très féconde dont ce numéro se propose de dresser le bilan. En prenant principalement comme objets d’étude l’Argentine, le Brésil et le Chili, ce dossier met en l’avant une série d’interrogations qui sont au cœur des nouvelles approches historiques qui ont vu le jour depuis la fin des régimes militaires. Les transitions démocratiques ont de fait permis de porter un regard nouveau sur l’influence de la guerre froide sur l’instauration des dictatures, la stratégie politique des militaires une fois parvenue au pouvoir et l’attitude de la société civile à l’égard des régimes militaires.

 

L’influence de la guerre froide

 

La lutte contre le communisme en Amérique latine, qui a émaillé la période de la guerre froide, s’est soldée par la mise en place de régimes militaires dans la quasi-totalité des pays du Cône sud. Encouragés et soutenus par les États-Unis, les militaires latino-américains n’ont cependant pas agi comme de simples subordonnés. Comme le montre Isabelle Vagnoux, leur coopération dans la lutte contre l’expansion communiste s’est réalisée, sur la base d’intérêts bien compris. Situés à droite de l’échiquier politique, les militaires latino-américains ne se sont appuyés sur l’aide économique et l’assistance militaire fournies par les États-Unis que lorsqu’ils voyaient converger leurs intérêts et ceux de Washington. Fortement attachés à leur indépendance et imbus d’ "ultranationalisme", les régimes militaires ont souvent entrepris des projets qui ont inquiété et mis dans l’embarras la Maison Blanche. De fait, si Kissinger n’a nullement entravé la répression sous Nixon et Ford, toute autre a semblé être l’attitude du président Carter. C’est de fait sous sa présidence que les États-Unis commencèrent à appliquer une certaine pression sur les régimes militaires en condamnant fortement la violation des droits de l’Homme et en conditionnant leur aide économique. Néanmoins, comme le montre Vagnoux, les résultats de ces pressions ont été tout à fait différents de ceux escomptés. En suivant la logique des intérêts bien compris et au nom de la souveraineté nationale, l’Argentine, le Brésil et le Chili se sont tournés vers des créanciers et des producteurs d’armes moins contraignants.

Cela dit, si le lecteur est invité à réévaluer l’influence des États-Unis sur l’évolution politique et sociale des pays de la région, les chercheurs qui collaborent à ce dossier ne sous-estiment aucunement la portée de l’aide financière et militaire américaines sur la répression à l’échelle continentale. C’est ce que s’attache à montrer Benjamin Offroy avec l’analyse du rôle spécifique de l’opération Condor dans ce qu’il appelle "le système de répression internationale". Si l’opération Condor a été aménagée sous l’égide de la CIA, il n’en demeure pas moins que les intérêts spécifiques de chacun des régimes militaires sud-américains ont été les plus décisifs dans leur adhésion à cette opération. C’est ce qu’illustre le cas du régime du général Stroessner au Paraguay, qui joua un rôle important mais souvent oublié dans ce système de répression et qui mérite d’être étudié en profondeur. Si le Paraguay a rejoint le plan Condor, c’est en raison de la logique stratégique suivie par le régime pour s’assurer des sources de financement auprès des États-Unis et de ses voisins sud-américains. En entérinant le plan Condor, Stroessner se procura, en conséquence, le soutien de ses voisins et garantit l’éradication de l’opposition politique à l’intérieur du territoire paraguayen. Ainsi réussit-il à se prémunir des menaces qui auraient pu mettre son pouvoir en péril.

Les régimes militaires n’ont pas seulement tiré avantage de l’appui matériel américain, mais aussi de leurs affinités avec l’idéologie sous-jacente à la doctrine de la sécurité nationale. Cette doctrine, qui visait à identifier le marxisme à une maladie contagieuse et à condamner toute activité d’opposition politique, n’a pourtant pas été la seule référence idéologique de la guerre contre-révolutionnaire en Amérique du Sud. Mario Renalletti examine minutieusement l’influence des militaires français dans la formation de leurs homologues argentins. L’auteur soutient que cette influence fut le résultat de la collaboration entre des anciens partisans d’une "Algérie française" réfugiés en Argentine et les milieux les plus conservateurs du pays. C’est en particulier le radicalisme religieux commun à ces deux groupes qui expliquerait l’adoption d’une doctrine qui a eu pour but de justifier le terrorisme d’État en Argentine. C’est donc par le biais d’un "catholicisme intransigeant" que les conflits économiques, politiques et sociaux ont pu être assimilés à "l’effondrement de la civilisation occidentale et chrétienne". Cet amalgame aurait ainsi permis de construire la représentation de l’ennemi intérieur et de justifier le besoin impératif de purifier la société.

Titre du livre : L'Amérique latine des régimes militaires
Auteur : Stéphane Boisard (dir.), Armelle Enders (dir.), Geneviève Verdo (dir.)
Éditeur : Presses de Sciences Po
Collection : Revue 20e Siècle N° 105
Date de publication : 30/11/99
N° ISBN : 2724631684
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