Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Repenser les dictatures en Amérique latine
[lundi 24 mai 2010 - 18:00]
Amérique Latine
Couverture ouvrage
L'Amérique latine des régimes militaires
Stéphane Boisard (dir.), Armelle Enders (dir.), Geneviève Verdo (dir.)
Éditeur : Presses de Sciences Po
304 pages / 19 € sur
Résumé : Ce numéro de la revue Vingtième Siècle remet en question les représentations toutes faites des régimes militaires en présentant un bilan des nouvelles recherches sur les "années de plomb" de l’Amérique latine.
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Les sociétés civiles face aux dictatures

 

Outre la résistance de la société civile à la vague de terreur suscitée par les dictatures, les nouvelles recherches insistent sur sa contribution dans la formation de ces régimes. Ainsi, Carlos Fico rend compte de l’oscillation paradoxale qui a caractérisé l’attitude de la classe moyenne brésilienne face à la dictature. Sans omettre le caractère hétérogène de ce groupe social et la diversité de ses comportements, Fico souligne que le pragmatisme économique, le catholicisme récalcitrant et l’anticommunisme d’une partie non négligeable de cette couche sociale explique son soutien au régime militaire. Pour sa part, Marieta de Moraes Ferreira analyse les profondes différences qui ont subsisté à l’intérieur de cette classe, afin d’expliquer comment une partie de cette couche sociale accueillit de bon gré la prise du pouvoir par les militaires alors qu’une autre frange pencha vers la gauche et la lutte armée au fur et à mesure que la répression du régime s’intensifiait. Dans un esprit apparenté, Nadia Tahir et Mariana Franco s’emploient à montrer qu’une partie de la société argentine a fait siens les présupposés du régime. Cette attitude expliquerait en partie que les acteurs collectifs qui se sont engagés dans la défense des droits de l’Homme tardèrent à manifester leur opposition aux régimes. Les recherches montrent que c’est l’exacerbation de la violence de l’État qui explique que ces acteurs se transformèrent au point de devenir la principale force d’opposition politique du régime. 

Richard Marin et Loris Zanatta identifie une évolution analogue dans l’attitude de l’Église catholique brésilienne et argentine. Ces deux auteurs évoquent la complicité de ces institutions dans l’orchestration des pratiques des dictatures, et ce sans faire l’impasse sur leur identité propre. Les auteurs font remarquer que cette connivence connut pourtant un dénouement inattendu puisque l’Église tendit progressivement à prendre ses distances avec l’État. Dans le cas brésilien en particulier, c’est la concurrence entre les différentes confessions qui peuplaient le paysage religieux de l’époque qui expliquerait la transformation de l’attitude de l’Église.

 

Le dossier de Vingtième Siècle, dirigé par Stéphane Boisard, Armelle Enders et Geneviève Verso, offre ainsi une analyse transversale et des approches audacieuses qui permettent d’appréhender avec plus de clarté les années sombres de l’histoire récente de l’Amérique latine.

 

 

 

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