On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Ce qui est nommé "Climategate" - référence au Watergate - commence fin novembre 2009 par une attaque sur le site Internet du CRU-Hadley Center à l’université d'East Anglia (Royaume-Uni), qui travaille pour le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) et se traduit par la saisie de milliers d’e-mails et documents confidentiels dont plusieurs semblent indiquer des manipulations de données scientifiques brutes.
Quatre mois plus tard, faisant suite aux conclusions de la commission de parlementaires britanniques qui, le 30 mars à exonéré Phil Jones – directeur du Centre de recherches sur le climat (CRU), plusieurs éléments se sont superposés en France, créant et renforçant un emballement médiatique qui est intéressant à analyser. Le 31 mars, les journaux ont ainsi fait état d’un rapport de Greenpeace accusant un groupe pétrolier de soutenir les climato sceptiques . Puis, le 1er avril, la pétition de 400 scientifiques français intitulée "Éthique scientifique et sciences du climat : lettre ouverte" fit également grand bruit, en interpellant leur ministre de tutelle. Selon ses termes, "un pacte moral relierait (les scientifiques) et la société".
Le rapport de Greenpeace semble porteur d’une vision identique : en démontrant l’importance et la régularité des subventions accordées par le groupe pétrolier Koch à des think tanks clairement identifiés pour réfuter la thèse d’un réchauffement climatique d’origine anthropique, l’ONG entend démontrer que les travaux produits par ces instituts sont orientés et que la démarche scientifique perd toute indépendance.
Cependant, Greenpeace et les signataires de la pétition des 400 divergent profondément, entrant en compétition dans la production de données et de savoir. Il est en effet important d’observer que la production d’une certaine forme de savoir d’un côté ainsi que les investigations de l’autre ne sont plus l’apanage de l’Université ni des grands médias. Les ONG et les "activistes" – tel que se définit Greenpeace par exemple - produisent également des rapports argumentés et qui peuvent être scientifiquement crédibles. C’était par exemple le cas du livre paru en septembre 2009 Climate Cover-Up: The Crusade to Deny Global Warming (GW) de James Hoggan et Richard Littlemore et dont Greenpeace reprend la méthode et le fond afin d’identifier ceux qui financent les fondations, instituts et think tanks opposés au "global warming". À première vue le résultat n’est guère étonnant : de grands groupes pétroliers financent des think tanks conservateurs.
Dans une perspective "d’activiste", un tel constat suffit. Greenpeace ne s’interroge donc pas sur les raisons de la convergence entre l’idéologie conservatrice et les thèses contrant l’idée d’un réchauffement anthropique. Des universitaires, Erik Conway et Naomi Oreske, auteurs du livre Merchants of Doubt : How a Handful of Scientists Obscured the Truth on Issues from Tobacco Smoke to Global Warming en cherchèrent les raisons. Ils pensent que l’antiinterventionnisme et l’antirégulationnisme dont font preuve ces structures et ces industriels expliquent leur opposition à une régulation mondiale.
De fait, il est intéressant de noter que les groupes pétroliers ne financent pas uniquement les structures conservatrices afin d’organiser des contre-feux médiatiques à la thèse du "GW". L’observation attentive du budget annuel de 2009 de la Brookings (sans doute le think tank le plus estimé au monde) révèle que parmi les donateurs, figurent pratiquement toutes les structures dénoncées par Greenpeace dans son rapport. Certes les fondations Koch n’ont pas été identifiées, mais Exxon Mobil Corporation, Wal-Mart Stores ont contribué au budget de la Brookings pour un don compris entre $250,000 et $499,999 de même que Chevron (pour un don compris entre $100,000 et $249,999) ou encore l’American Entreprise Institut (qui bénéficie des subventions de Koch) et la Shell Oil Company ($25,000–$49,999). À leur côté se trouvent également, et parmi des milliers de donateurs, la Commission européenne ($25,000–$49,999) et le Ministère français des Affaires étrangères ($10,000–$24,999).
1 commentaire
jpgrat
A partir de ce constat, je me sens légitimement ému de voir qu'une foule d'acteurs aux objectifs divers et variés se rejoignent sur la mise en oeuvre de stratégies coûteuses et probablement inadaptées.
ces mêmes personnes ou d'autres qui leur ressemblent sont prêtes à voter et mettre en application des lois sur le principe de précaution, et se rejoignent tout à coup sur ce qui pourrait bien s'avérer le coup le plus fumeux du siècle voire du millénaire!