On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Dans un monde dominé sur le plan religieux par les trois monothéismes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam, l’idée même de monothéisme apparaît pour bon nombre d’entre nous comme une évidence intellectuelle ou théologique qu’il ne nous vient pas forcément à l’esprit d’interroger. Il semble pourtant que l’histoire des religions (science récente ), nourrie notamment des dernières découvertes archéologiques ou épigraphiques, ait beaucoup à nous apprendre concernant cette notion de monothéisme. C’est dans cette perspective que s’inscrit l’ouvrage collectif : Enquête sur le Dieu unique. Réunissant les meilleurs spécialistes de l’histoire des religions, le livre se décline en cinq grandes parties : "La préhistoire du monothéisme en Orient" ; "Un monothéisme en Egypte" ; "Le dieu unique d’Israël" ; "Le monothéisme à l’heure chrétienne" ; "Abraham : ancêtre de trois monothéismes".
Les origines du monothéisme
Le premier chapitre, intitulé "La préhistoire du monothéisme en Orient", se propose de définir le contexte dans lequel la notion de monothéisme a émergé. Qu’il s’agisse de la Mésopotamie, de la Syrie-Palestine ou de l’Egypte, toutes ces civilisations du "Croissant fertile" croient en une multiplicité de dieux et de déesses. On peut toutefois, dans ce foisonnement de divinités, distinguer trois types de dieux : les dieux cosmiques, qui régissent le monde et oeuvrent à son bon fonctionnement ; les dieux nationaux qui apparaissent avec la création des Cités-Etats et enfin les divinités personnelles (apparues dans le Proche-Orient au IIe millénaire av. J.C.) censées protéger ou exaucer les vœux des individus. Ce vaste panorama des représentations religieuses à l’œuvre dans le monde proche-oriental au début du IIe millénaire av. J.C. met en perspective la problématique du livre : comment et pourquoi l’idée d’un dieu unique est-elle apparue ?
Un des premiers éléments de réponse se trouve du côté de l’Egypte. On sait en effet que la Bible doit beaucoup à l’Egypte , depuis les notions de sagesse et d’immortalité en passant peut-être par celle de monothéisme. Une grande partie de ce second chapitre ("Un monothéisme en Egypte") est consacrée bien évidemment à Akhénaton et à la nouvelle religion qu’il met en place autour du culte du dieu unique Aton. Toutefois, ce culte unique permet-il pour autant de voir dans cette religion le premier monothéisme absolu ? La question, objet de multiples débats, demeure fort complexe car si Erik Hornung , dans son article "La nouvelle religion d’Akhénaton", considère la désignation de l’Egypte comme "berceau du monothéisme" légitime, il se refuse à recourir au concept de "monothéisme" pour privilégier plutôt "le rôle de l’ "un" dans la religion égyptienne". Qu’on soit en présence d’un monothéisme originel "où le divin est à l’origine du multiple" ne doit cependant pas conduire à une simplification abusive : ce monothéisme originel reste difficile à appréhender dans la mesure où Aton formait une trinité avec le couple royal. De ce point de vue, et c’est ce que souligne l’égyptologue Jan Assmann dans un article de ce chapitre, on doit à Akhénaton d’avoir introduit une distinction fondamentale entre les faux dieux et le vrai dieu. Là réside sans doute l’origine de l’idée de monothéisme même si la nature du monothéisme d’Akhénaton (d’ordre cosmique) a peu à voir avec celle du monothéisme vétérotestamentaire (d’ordre politique et idéologique).
2 commentaires
renato666
Je me permets d'ajouter une info à cet article sur le monothéisme :
le mot inscrit dans la bible originelle écrite en hébreu, et qu'on a traduit par Dieu dans les bibles usuelles, est le mot Elohim.
Ce mot est un pluriel, le singulier étant Eloha, et veut dire littéralement : "ceux qui sont venus du ciel ".
Cette traduction erronée est sans doute une des plus grandes supercheries de l'histoire.
René Jourdren
Katia