On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le goût des commémorations fait aujourd’hui partie des singularités françaises : nos voisins européens y sacrifient, mais sans manifester la même addiction au "souvenir officiel". Celle-ci n’offre pas que des désavantages. Elle est à l’origine d’une activité éditoriale soutenue, dans laquelle s’inscrivent des publications de synthèses, certes de qualités diverses, mais qui espèrent capter un public attiré par l’événement. Ainsi ne compte-t-on plus, depuis quelques mois déjà, les ouvrages traitant de l’année 1940, de la défaite militaire de la France, de l’avènement de l’État français ou de la naissance de la France libre. Cette vague commémorative peut donner lieu à de grandes réussites , pour peu que les auteurs rendent compte du renouvellement de la recherche, en s’efforçant d’en faire comprendre les enjeux au plus grand nombre.
Qu’est-ce qu’une défaite "impardonnable" ?
Dans le lot des livres consacrés à l’année dont on "célèbre" le 70e anniversaire, celui que signe Claude Quétel, directeur de recherche honoraire du CNRS et spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, attire tout de suite l’attention de l’historien par son titre. Ou plutôt suscite-t-il la surprise, puis une réprobation instinctive chez l’enseignant-chercheur habitué, dans ses cours, à faire comprendre à ses étudiants que l’historien n’est pas un juge, encore moins un homme qui refuserait ou distribuerait des absolutions.
Dès l’exorde , Claude Quétel livre un début d’explication à ce titre. Il annonce une "synthèse interprétative" qui entend rechercher les responsabilités de la plus grande défaite de notre histoire, reprochant aux historiens, sur ce point, d’avoir l’habitude de "ménager la chèvre et le chou". Sans doute est-il lui-même assez mal à l’aise avec la question du jugement. A quelques lignes de distance, il accuse ainsi les historiens de ne pas juger les responsables des événements tragiques de l’histoire , pour rappeler aussitôt que "juger" n’entre pas dans leurs attributions .
L’exorde réserve d’autres surprises. Claude Quétel semble y prendre ses distances avec "notre époque de repentance tous azimuts" , mais estime que la France d’aujourd’hui aurait à se battre la coulpe pour la défaite de 1940. La première des raisons qu’il avance est assez confuse : "oui, c’est bien une impardonnable défaite que nous voulons raconter ici, car il y a décidément beaucoup à se faire pardonner puisque, d’une certaine façon, nous assumons tous cet héritage" . Claude Quétel entend également justifier sa démarche en faisant observer que la France de 2010 présenterait les mêmes défauts que celle des années 1920-1930 : "[…] ce qui nous intéresse dans cette étude, ce sont les divers visages d’une France si insouciante et contente d’elle à son ordinaire mais si désemparée à l’heure des tempêtes, qu’on peut douter qu’elle ait fondamentalement changé" . Ce livre serait-il à lire comme un essai dénonçant les impardonnables aveuglements de la France du début du XXIe siècle ?
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D. Bellamy
Richard Marmot