On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Dans le cadre du partenariat de nonfiction.fr avec le site cartessurtable.eu, retrouvez une fois par semaine sur nonfiction.fr un article qui revient sur un sujet au coeur de l'actualité du débat d'idées. Cette semaine, voici une contribution sur la 'Diversité', issue du "Petit Lexique à usage socialiste" de Cartes sur Table.
En quelques années ce mot a grandement gagné en popularité ; plus personne aujourd’hui n’oserait porter un jugement négatif sur la diversité, et critiquer une politique qui se réclame de la diversité est devenu difficile. En parant systématiquement certaines politiques de ce mot magique, la droite les rend difficilement contestables. Deux tendances, régressives, peuvent se cacher derrière ce concept dont le sens a été détourné :
1. La diversité comme solution artificielle à des problèmes de fonds : la diversité dans la politique, les médias, les études supérieures et les entreprises, devrait être considérée comme le résultat d’une réelle égalité au long de la vie, et notamment une égalité d’accès à un enseignement adapté et de qualité dès l’école maternelle. Plutôt que de chercher à atteindre cette égalité, on choisit une solution de facilité qui consiste à promouvoir une poignée de personnes issues de minorités sociales, sexuelles, ethniques ou religieuses : préfet musulman, secrétaire d’Etat noire, femme ministre de l’économie, quotas de boursiers à l’entrée aux grandes écoles, procédure parallèle pour intégrer Sciences Po, etc. En contrepartie, on cesse de se préoccuper du sort de la majorité des personnes victimes de la pauvreté, du chômage, de la discrimination, du sexisme.
En créant une diversité artificielle, visible, avec ses effets d’affichage, on feint d’avoir réglé ces questions si prégnantes, si complexes dans nos sociétés : pour une poignée d’étudiants noirs à Harvard, combien de Noirs américains sont abandonnés dans leurs ghettos, frappés par les inégalités et les discriminations, sans aucune perspective d’avenir ? Pour une poignée d’"étudiants des banlieues" admis à Sciences Po, combien de banlieusards continuent à vivre dans des banlieues désertées par les services publics et par l’emploi ?
La diversité peut servir à évaluer dans quelle mesure notre société est capable de donner à chacun les moyens de s’en tirer, d’étudier, de faire de grandes études, d’accéder à des postes à responsabilité dans les entreprises, l’Etat, les associations. Le manque de diversité dans les élites est un symptôme, et soigner le symptôme n’est pas soigner la maladie : la maladie, c’est la montée des inégalités, favorisées par une fiscalité qui favorise les riches, c’est le démantèlement des services publics, c’est la restriction des moyens alloués à l’éducation nationale, c’est le chômage, ce sont les discriminations. S’attaquer au cœur du problème demande du courage ; il est malheureusement tentant de céder à la facilité d’une diversité "artificielle" qui ne profite qu’à une poignée d’élus.
2. La diversité comme parure pour le communautarisme : dans une deuxième interprétation courante, la diversité consiste à reconnaître, voire à encourager, l’expression et le développement des différences entre "groupes" ethniques et religieux. Il est curieux que dans le discours politique et médiatique dominant, la "diversité" se limite bien souvent (influence américaine oblige) à l’origine ethnique et à la religion. Cette interprétation de la notion de diversité est utilisée par la droite pour justifier le communautarisme naissant et les politiques qui l’encouragent. Vue dans sa globalité, une France des communautés serait en effet une France de la diversité : ici se trouverait le quartier musulman, là le quartier chinois, ici le ghetto de riches, avec pour chaque quartier ses écoles, ses normes, ses lieux de sociabilité, voire ses instances représentatives.
Cependant, lorsqu’on vit dans cette France-là, la diversité n’existe plus : dans ce ghetto de riches il n’y a pas de pauvres, dans ce quartier musulman les non-musulmans se font rares, dans ces écoles confessionnelles on ne croise ni athées ni autres religions, et dans cette entreprise on préfère employer des asiatiques. Plutôt que de construire une société avec autrui en acceptant ses différences, on le fuit en s’enfermant dans sa "communauté". Cette tendance s’est fortement développée en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, aux Etats-Unis, qui ont eu beau jeu de mettre en avant le multiculturalisme et la diversité : dans la pratique, l’horizon de chaque citoyen se réduit considérablement et la diversité n’existe plus, si ce n’est dans l’affrontement ou l'incompréhension entre "groupes" ou "communautés". "Diversité" et "communautarisme" sont ainsi souvent confondus dans le discours, alors qu’ils ont un sens opposé.
3 commentaires
manjafiga
Ce vendredi 21 mai est la journée mondiale de la diversité , initié par l'Unesco et la France, partout dans le monde , au nom du message universaliste dont nous serions naturellement porteurs. Qui le sait? Qui en parle ?
La France s'est fait une spécialité internationale de messages révolutionnaires. Nos hommes politiques tiennent des discours d'une violence inouïe à l'encontre de l'uniformisation en cours, et celle massificatrice du monde anglo-saxon.
L'article confond , égalité des chances et droit à la diversité. L'article montre du doigt des dérives , voire des menaces qui pèsent sur la France. La diversité serait un cache misère , permettant d'exhiber la réussite de quelques « métèques » , pour mieux passer sous silence la misère du plus grand nombre. Mais qu'en est-il à ce jour en France?
Nous sommes d'un pays fossilisé dans le souvenir de ses heures glorieuses et toujours fantasmées . Ce pays est politiquement de droite , il est profondément raciste . Il croît en outre à sa « mission » planétaire . La France serait dépositaire d'une parole... Que le monde attendrait?
L'histoire de la France, des états de l'Europe, n'est qu'une longue suite de massacres à l'interne , puis à l'étranger .
La France est incapable encore aujourd'hui de reconnaître l'apport des bretons , des basques ,d des catalans , des corses, des occitans , des alsaciens , des créoles etc.... Les livres d'histoire ne parlent que de son « génie » propre. La France a su rassembler des « populations » disparates( voire barbares , voire métèques) sous sa bannière civilisatrice...
L'article démontre combien il est quasiment impossible à ce « génie » de reconnaître le plus minime apport de sa diversité initiale. D'où un centralisme con-gestionnaire maladif.
Pour l'auteur la recherche de la diversité agit en trompe l'œil . Il s'agit en fait d'un repliement sur soi , méprisable en regard des valeurs républicaines.
2- il s'agit là de la caricature anglo-saxonne , quartier arabe , chinois, chacun menant sa vie dans son coin. La diversité n'est pas la fixation des identites religieuses ou ethniques . Voui.
Résumé : la diversité est un miroir aux alouettes qui constitue par ailleurs une menace pour la société comme pour l'individu .
Que devient dans ce cas l'espoir de sauver ses racines? , sa langue? Son identité ?
Pourquoi l'universalisme français se croit-il capable , digne? (supérieur?) au point de pouvoir supplanter, extirper, annihiler , les identités diverses , au nom d'un génie mille fois supérieur.
La diversité est une nécessité . Il y va du renouvellement du « génie » français.
La science a démontré que l'uniformité conduit à la difformité , à l'appauvrissement et à la disparition.
Ce qui devrait, me semble t-il lui causer plus de souci .
wishful thinking
pensif