Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Bientôt de nouveaux résultats !

* Cet ouvrage est publié avec l'aide du Centre national du livre.
La Révolution française a inventé les droits de l’homme, mais pas les droits de la femme : il s’agit là d’un postulat généralement admis, comme en témoignent les études récemment consacrées aux femmes révolutionnaires, comme celles de Dominique Godineau ou de Jean-Clément Martin. Dans un ouvrage récent , Jean-Clément Martin montrait ainsi que la Révolution avait un temps donné aux femmes l’espoir d’exercer un rôle politique avant de les reléguer au foyer, avec pour seul rôle l’exercice des tâches ménagères et l’éducation des enfants. Faut-il pour autant condamner les hommes de la Révolution pour leur "antiféminisme" ? Anne Verjus répond par la négative dans Le bon Mari. Une histoire politique des hommes et des femmes à l’époque révolutionnaire. La politiste, chargée de recherche au CNRS, revient sur la question du rôle politique des femmes entre 1789 et les années 1830 en refusant de les considérer comme des exclues ou des victimes. Elle affirme ainsi que les femmes "n’ont jamais été exclues, elles n’ont tout simplement pas été incluses" .
Le titre de l’ouvrage, assez surprenant pour des lecteurs contemporains, reprend celui d’un conte de Jean-François Marmontel , qui se présente comme une version adaptée à la morale du XVIIIème siècle de La Mégère apprivoisée, de Shakespeare. Le conte met en scène le président de Lusane, qui appartient à la noblesse de robe, et sa jeune épouse Hortense, aristocrate éprise d’indépendance. Lusane, présenté comme un époux idéal, parvient à transformer la jeune femme légère et "superficielle" en une épouse et une mère modèle. Pour faire l’éducation de sa femme, il n’est plus, comme dans Shakespeare, question de coups et de privations, mais bien de raisonnements, d’explications et d’affection, conformément à l’avènement de la nouvelle sensibilité "rousseauiste". Le conte de Marmontel témoigne du fait que le sort des femmes ne peut, à la fin du XVIIIème siècle, s’envisager sans celui des hommes, l’époux occupant le rôle dominant dans la famille.
A première vue, il ne s’agit pas d’un fait nouveau. Sous l’Ancien Régime, le mariage et la famille n’occupaient-ils pas aussi une place centrale dans la destinée des femmes ? L’originalité du livre d’Anne Verjus est de montrer que la Révolution permet le passage d’un modèle familial "traditionaliste" marqué par la prédominance du pater familias/patriarche et de la logique dynastique à un modèle bourgeois fondé sur le couple et la famille nucléaire. En retraçant l’évolution du modèle familial entre 1789 et 1830, l’auteure montre l’articulation entre la famille et la politique, seul le chef de famille, étant jusqu’en 1848 considéré comme citoyen et donc autorisé à voter, sous réserve de certaines conditions, plus ou moins restrictives selon les régimes.
Aucun commentaire