On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

En unissant la recherche académique et l´engagement associatif, cet ouvrage entame une profonde réflexion sur un thème d'actualité : la question des flux migratoires et leur gestion politique. Douce France présente le fruit d´un travail collectif de chercheurs, de spécialistes et de juristes qui ont choisi de mettre leurs compétences professionnelles au service de leur engagement citoyen pour dénoncer des politiques et des pratiques qu'ils considèrent indignes et inacceptables.
Appelant la complémentarité de perspectives très diverses – historique, sociologique, psychanalytique, philosophique et juridique -, cet ouvrage retrace les politiques de maîtrise des flux migratoires menées en France depuis quelques années et pose le problème de leurs applications dans un État de droit. Il invite ainsi le lecteur à s´interroger sur la progressive constitution d´un type de système politique inédit s´apparentant à une "démocratie autoritaire" et "sous – surveillance" qui pérenniserait un état d´exception pour les ressortissants d’Etat-tiers dans un climat de relative "paix sociale".
Dans son introduction, Olivier Le Cour Grandmaison examine le processus historique dans lequel s´inscrivent les politiques actuelles et analyse le discours qui les accompagne. En effet, la constante euphémisation des pratiques impulsées par la gestion des flux migratoires dissimule leurs réelles conséquences et légitime des actes ne relevant pas d´une pleine démocratie inscrite dans un État de droit. Les pratiques de gestion des flux migratoires s’inscriraient davantage dans un système de démocratie autoritaire dans lequel une partie de la population – les étrangers - serait privée d’une partie de ses droits, notamment des garanties les plus élémentaires.
La première partie "Traquer, interner, expulser" fait état des pratiques actuelles et propose de saisir les éléments rendant possibles leur caractère inadmissible. Marc Bernardot développe une analyse socio-historique des rafles et de l´enfermement des étrangers dans laquelle il s’attache à la compréhension des mécanismes ayant permis de systématiser leurs recours. Il soutient que ces deux pratiques, qui progressivement sont devenues des outils stratégiques de la politique actuelle, intègrent les modes de production néolibéraux : d’une part, en servant le projet utilitariste d’ "immigration choisie" et d’autre part, en incarnant les moyens de l’industrialisation des expulsions . Dans son article, Alain Brossat examine le rôle des préfets dans l’application des politiques de gestion des flux migratoires. En effet, la fonction des préfets consiste à administrer la population résidant sur son territoire d’influence conformément à ce qui est édicté par le corpus législatif de l’État c’est-à-dire, en respectant la loi. Cela signifie que les persécutions et les répressions auxquelles sont soumis les ressortissants des États tiers dans leur relation avec l’administration française sont inscrites dans le cadre légal du pays et des obligations professionnelles de ces fonctionnaires. Dès lors, il est délicat de construire une critique politique contre ces pratiques légales mais qui vont à l'encontre de l’État de droit. L’auteur nous rappelle que la mobilisation totale des préfets pour atteindre les objectifs d’expulsions fixés par le gouvernement et la légitimité qui leur est conférée dans cet exercice peuvent incarner "des facteurs clés de la possibilité que prenne corps une criminalité étatique de masse" .
Armando Cote fait état des difficultés auxquelles il est confronté dans l’exercice de sa profession de psychanalyste clinicien au centre Primo-Levi. Il remarque que le sentiment d´insécurité vécu par des personnes victimes de tortures dans leur pays de départ est accentuée par les violences qu’impliquent les politiques actuelles contre l’immigration dans les pays d’arrivée . Jérôme Valluy recentre la responsabilité des élites politiques dans la production d´un discours xénophobe par lequel est perceptible la profonde transformation de la "culture européenne et de ses relations au reste du monde" .
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ETSILES
Byzance