On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Pour la première fois depuis 1952, aucun Kennedy ne se présentera aux prochaines élections législatives. Au Sénat, Edward "Teddy" More Kennedy s’est éteint le 25 août 2009 des suites d’un cancer du cerveau. A la Chambre des Représentants, son fils Patrick a annoncé en février son retrait de la vie politique américaine. Une ère s’achève, celle de trois générations de Kennedy, aux idéaux généreux et à la vie chaotique. Leur legs ? Une "nouvelle frontière" à atteindre, un engagement réformiste constamment réaffirmé, mais aussi des scandales en nombre. Si John et Robert Kennedy incarnaient une promesse, il restait au dernier rejeton de la famille, Ted, à l’incarner. Le seul qui ne soit pas mort tragiquement est ainsi devenu, depuis son poste de sénateur, le gardien de la vision et de la mémoire de ses deux frères.
Se sachant condamné, Ted Kennedy a tenu à finir ses Mémoires rapidement grâce aux notes prises et aux journaux tenus durant sa vie politique . Tout à la fois recueil de souvenirs, hommage à sa famille et testament politique, elles redonnent vie à l’une des icônes du Parti démocrate. Seul parmi les quatre frères à s’être livré à l’exercice autobiographique, il parle au nom d’eux tous, insérant son parcours particulier dans le sillage des espoirs portés par ses aînés. Ted est à la fois homme, et Kennedy : individu particulier et membre d’un clan. En ce sens, il ne voulait pas laisser l’histoire des Kennedy aux seules mains des biographes et des journalistes. Car ces Mémoires se veulent aussi un guide d’interprétation et de compréhension de cette "famille royale américaine" qui génère une curiosité toujours renouvelée de la part du grand public. En dépit d’un style littéraire parfois scolaire, l’intérêt est donc triple : mieux connaître l’œuvre et la vie parfois tourmentée du benjamin de la fratrie, et au-delà, s’immerger dans la grandeur et la tragédie des Kennedy mais aussi s’imprégner des us et coutumes du Sénat, ce pilier de la démocratie à l’américaine.
Une vie dans l'ombre de ses frères
Neuvième fils de Joseph Kennedy et quatrième garçon après Joe Jr., John ("Jack") et Robert ("Bobby"), Edward Kennedy naît en 1932 au cœur de la Dépression dans l’une des plus riches familles américaines de la côte Est, aux multiples connexions économiques et politiques . Fréquentant le grand monde dès ses plus jeunes années (il reçoit ainsi sa confirmation du pape Pie XII), Ted suit la voie tracée par ses aînés : les écoles privées, l’armée (deux années passées en France) puis l’université (Harvard). La politique le rattrape à son retour aux Etats-Unis, lorsque son frère John lui demande de diriger la campagne pour sa réélection au poste de sénateur de l’Etat du Massachusetts (1958). Brûlant à son tour les étapes, il récupère en 1962 à tout juste trente ans (la limite d’âge pour être sénateur) l’ancien siège de son frère au terme d’une campagne virulente. Il le gardera sans interruption pendant 46 ans.
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