On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

La galaxie Blumenberg est en expansion permanente. Le lecteur francophone connaissait déjà en traduction plusieurs œuvres de cet auteur : Le souci traverse le fleuve , Naufrage avec spectateur , La Passion selon saint Matthieu , La Légitimité des temps modernes , Le rire de la servante de Thrace , La raison du mythe , Paradigmes pour une métaphorologie et La lisibilité du monde . L’honnête homme curieux d’en savoir plus sur la pensée de Blumenberg disposait même depuis quelques années d’un volume d’études monographiques en augmentation constante . Voici que sa curiosité bien légitime trouvera matière à se satisfaire grâce aux efforts conjugués d’Isabelle Kalinowski et de Marc de Launay qui viennent de traduire en français un ensemble de cinq textes, rassemblés avec l’assentiment de l’auteur, s’échelonnant entre 1956, pour le plus ancien, qui donne son titre au recueil, et 1974.
Hans Blumenberg : l’homme et l’oeuvre
Qui est Hans Blumenberg ? Né en 1920 à Lübeck, Hans Blumenberg étudie la philosophie, la germanistique et les langues anciennes à Paderborn, Francfort, Hambourg et Kiel, où il soutiendra sa Thèse de doctorat sur l’ontologie classique (1947), et où il soutiendra encore sa Thèse d’habilitation sur Husserl (1950) . Après avoir enseigné à Kiel, Hambourg, Grießen, Bochum, il sera professeur à Münster, jusqu’à sa retraite. Il décèdera en 1996.
L’homme pousse la discrétion au point, dit-on, de ne pas se laisser photographier, de s’absenter des congrès, de se dérober aux interviews. Mais l’œuvre imposante qu’il nous a laissée – tant par le volume des publications que par l’importance des thèses qu’il a avancées – se suffit à elle-même, et se distingue par sa singulière unité, dans le thème comme dans la méthode.
Le thème : l’histoire de la pensée occidentale dans la totalité de son parcours, depuis les Grecs jusqu’à nos jours, considérée dans toute l’ampleur de son déploiement, sans accorder d’exclusive à la pensée philosophique au détriment des sciences, de la littérature, de la théologie.
La méthode : elle consiste à suivre à la trace une métaphore clé d’un bout à l’autre de l’histoire de la pensée. Ainsi celle du grand livre du monde, celle de la caverne, ou l’anecdote sur Thalès qui, contemplant les étoiles, tombe dans un puits.
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