On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

C'est une mort annoncée. Dans le cauchemar contemporain du passé qui se meurt, the good old days et ses savoirs, naît à demi-mots une injonction qui prendrait sous une forme lyrique à peu près ces mots-ci : "la clinique se meurt : sauvons la clinique". Paradoxe réel de la médecine moderne qui triomphe toujours plus mais qui n'aurait pas d'avenir à moins de se l'inventer entre le regard extasié vers les pratiques de ses ancêtres et la douce dissolution dans le paradis technique.
"Parler de la mort d'un homme ou d'un concept est toujours un événement grave, même quand elle est suivie d'un point d'interrogation... La simple interrogation pose problème en elle-même" . De quoi avons-nous peur ?
Issus d'un séminaire commun au Centre Georges-Canguilhem et à l'Académie nationale de médecine, La mort de la clinique ? annonce sa "volonté de palier le désagrégement du facteur humain au sein de la clinique moderne". Deux philosophes, cinq médecins, une avocate et une psychanalyste se succèdent pour développer leur vision de cette crise de la médecine moderne. "Nous nous interrogerons sur les motifs et le sens de ce bouleversement. Comment en tirer le meilleur et en jurer le pire ?" , annonce Dominique Lecourt, directeur du Centre Georges-Canguilhem.
De la clinique, comme moyen éphémère, et de la possibilité de sa fin
Où se situe-on ? La clinique peut-elle se laisser enterrer ? L'interrogation du titre annonce déjà son scepticisme : soit la clinique se meurt depuis maintenant plus d'un siècle, soit celle-ci a muté continuellement et se réhabilite d'elle-même, au sein des évolutions médicales et scientifiques de son temps. Ce serait donc, à lire cet essai, plus une crise que nous avons à affronter. Aucun des textes ici présents n'a le ton de l'oraison funèbre.
La mort de la clinique ? n'a pas la prétention de son homologue cyclique, naissance vie et mort, écrit il y a maintenant près de cinquante ans par Michel Foucault. Le philosophe la fit naître, comme rupture et révolution face à l'idée d'un mouvement continue "qui se serait développé plus ou moins régulièrement depuis le jour où le regard, à peine savant, du premier médecin s'est porté de loin sur le corps du premier malade" . Cette naissance, nous rappelle les auteurs, aurait eu lieu selon Foucault au sein de l'École médicale de Paris lors de l'avènement de la méthode anatomo-clinique, qui donne toute sa mesure au perceptible, à "la mise en visibilité d'une invisibilité". Acceptant la clinique comme fait historique, et par la même envisageant la possibilité de sa fin, il reste à analyser les conditions et les structures qui la menacent.
3 commentaires
Lalige
donc critique non pas "imbitable" mais astucieuse, lisible.
il est vrai que je fus médecin ... et ce livre me parle.
le patient n'a pas la parole en médecine, pas autant qu'il l'imagine.
les médecins sont manipulés par la puissante industrie pharmaceutique qui leur dit quoi prescrire.
j'ai essayé de résister à cela mais ce fut difficile.
vive la retraite et la philosophie et merci à nonfiction.
lalige
skeptikal
Question pour un champion
Le Sida ?