On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Bob Noorda (1927-2010) est un personnage singulier de l’histoire du design graphique moderne. D’origine hollandaise et formé à la Rietveld Academie d’Amsterdam, il arrive à Milan au tournant des années 1950 alors que la scène graphique lombarde a déjà conquis ses lettres de noblesses dans le monde, alors naissant, de la communication visuelle et ce, grâce notamment, à des graphistes rassemblés au sein du Studio Boggeri.
Moins "optique" que Franco Grignani (l’auteur du logo de Woolmark) et moins "joueur" que Bruno Munari, en un mot sans doute moins "italien", Noorda resta un outsider discret et sérieux dont l’histoire retiendra les systèmes de signalisation inventés pour les métros de Milan, New-York et Sao Paulo au Brésil.
Disparu voilà quelques mois dans une relative indifférence, Noorda répond, dans cet ouvrage, aux questions d’un graphiste italien, Francesco Dondina qui l’invite à évoquer, un peu dans le désordre, les étapes de sa vie professionnelles. Le tutoiement de rigueur entre confrères, une biographie lacunaire et des illustrations vraisemblablement trouvées sur internet sont sans doute les points faibles de cet ouvrage qui reste le seul de cette importance publié sur Noorda. La richesse des informations, la profondeur de la réflexion que Noorda y développe et les anecdotes qui distillent la saveur du Milan des années 1960 compensent largement les défauts précédemment évoqués et qui doivent certainement à la précipitation avec laquelle l’ouvrage a été conçu, trois mois, de l’aveu de l’auteur, dans sa préface.
Néanmoins, ces défauts peuvent également être excusés par le peu d’attention que manifeste l’interviewé pour les dates et l’enchaînement des faits. Le lecteur en est d’ailleurs prévenu dès la première question : Noorda se projette toujours dans l’avenir et ne garde rien de ses projets passés : pas d’archives ni de dates exactes, mais quelques souvenirs, compilés ici dans ce précieux témoignage.
Un Milanais de Hollande
Tout juste sorti de l’école et une fois achevé son service militaire, il est attiré par Milan, ville de la Triennale alors toute-puissante. Il y arrive par le train au milieu des années 1950, ne parlant pas un mot d’italien.
Quelques mois plus tard, Noorda rejoint le studio graphique de Pirelli, qui, à l’instar d’autres marques italiennes (Olivetti, Barilla…) employaient pour leur gérer leur communication peintres, architectes, et graphistes. En 1961, alors que la Pirelli a tout juste emménagé dans l’immeuble commandé à Gio Ponti, Noorda en deviendra directeur artistique sans en être pour autant salarié : indépendant, Noorda est fier d’avoir, tout au long de sa carrière conservé sa liberté par rapport à ses employeurs. Il y signera des campagnes de publicité parmi les plus marquantes de la période mariant, les contraintes industrielles au langage moderne de la publicité d’après-guerre.
Milan - New-York - Sao Paulo : expériences métropolitaines.
Un chapitre entier est alors consacré aux signalétiques conçues pour le métro milanais, commande qu’il reçut en 1962. Dans ces propos, Noorda partage cette réussite avec Franco Albini (1905- 1977), figure tutélaire de l’architecture rationaliste italienne qui assura la conception des stations de la ligne 1 du métro milanais. Associé étroitement à ce dernier dès les premiers jours du projet, Noorda explique comment architecture et information furent conçues de concert, participant aux choix des matériaux afin que leur brillant ou leur couleur ne gênent pas la perception de la signalétique.
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