On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Fruit d'un colloque international qui s'est tenu à Montréal au printemps 2006, ce livre porte un titre qui est comme un vêtement à la fois trop large et trop serré pour lui. Son cadre chronologique dépasse l'entre-deux-guerres : il commence en effet au début du vingtième siècle et, avec Messiaen notamment, va bien au-delà de la Seconde Guerre mondiale. En revanche, comme le titre ne l'indique pas, le cadre est essentiellement francophone, et même une partie seulement de l'Occident francophone – France et Québec. Cet éclairage particulier n'est pas sans intérêt, au contraire – il fait même l'originalité du volume, dont quatorze des vingt-six contributeurs sont canadiens. Mais deux seulement sont historiens d'art et, comme le souligne pertinemment l'un d'eux, Nicole Dubreuil, il est beaucoup question de musique dans ce livre mais d'art, au fond, très peu.
La communication de cette dernière explique fort bien pourquoi : dans le "grand récit de l'art moderne" qui occupe une telle importance dans l'histoire culturelle du vingtième siècle, la religion occupe, quant à elle, une place marginale. Ôtons à Matisse la chapelle du Rosaire à Vence, à Barnett Newman le Chemin de Croix, ils restent Matisse et Newman. Et ne parlons pas de Picasso, de Giacometti ou de Duchamp. En fait, le seul artiste moderne qui soit vraiment étudié du point de vue de la problématique du livre est Maurice Denis (1870-1943), à qui ne sont consacrés pas moins de trois chapitres. "Peintre mélomane", comme le définit Delphine Grivel, il a été très lié au groupe de la Schola cantorum et notamment à Vincent d'Indy. Les relations entre Denis et d'Indy font l'objet d'une étude particulièrement intéressante de Steven Huebner, qui rappelle l'influence exercée par d'Indy sur la conception des quatre grands panneaux constituant la décoration du plafond du Théâtre des Champs-Élysées, réalisé par Denis en 1911-1912, et dont le sujet est l'histoire de la musique et de la danse. La réalisation finale s'écarte d'ailleurs quelque peu du canon d'Indyste, le comité consultatif ayant plaidé pour l'inclusion de quelques-unes des bêtes noires de d'Indy (Offenbach, Massenet, Debussy, et jusqu'à la Louise de Charpentier) – mais ne se souciant guère, comme le souligne plaisamment Steven Huebner, de l'exclusion de Verdi, la musique italienne s'arrêtant, pour d'Indy, à Monteverdi. Quelques années plus tard, c'est Denis qui réalise les décors de La Légende de saint Christophe de d'Indy, "drame anti-juif" (c'est la propre expression de d'Indy), créé à l'Opéra de Paris en 1920. Les Ateliers d'art sacré fondés en 1919 par Denis et Georges Desvallières peuvent être vus comme une tentative d'établir un équivalent pictural de la Schola cantorum, même si leur échec (comme le souligne Fabienne Stahl, qui en rappelle ici la genèse, "aucun artiste de premier ordre n'est sorti de cette académie d'art religieux") confirme la faible place que tient la religion dans l'histoire de l'art occidental du vingtième siècle.
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