On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

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Anne-Sophie Chambost nous offre la biographie d’un personnage complexe, aux convictions politiques et économiques originales pour son époque : aussi ont-elles été souvent incomprises.
La richesse des sources (œuvres publiées et manuscrits, correspondance, carnets de notes), est un atout primordial pour cet ouvrage qui nous permet d’appréhender la pensée de Proudhon en insistant sur la cohérence de son évolution.
Anne Sophie Chambost, maître de conférence en histoire du droit à l’université Paris V Descartes et auteur de nombreux travaux sur Pierre-Joseph Proudhon, au delà de l’analyse de l’œuvre de l’homme politique, nous offre un focal passionnant sur les questions politiques et économiques du XIXème siècle français et européen.
Au coté de l’intérêt historique essentiel, cette biographie met en lumière des concepts étonnamment modernes qui suscitent l’envie de se plonger dans l’œuvre de Proudhon pour rapprocher sa pensée des grandes questions de notre temps.
Auteur relativement méconnu, il nous apparait, sous la plume d’Anne-Sophie Chambost comme le fondateur d’institutions et de concepts remarquablement vivaces aujourd’hui, tels que le mutuellisme, le syndicalisme, le fédéralisme ou l’organisation de la société basée sur le contrat.
La première partie de cette biographie nous montre les débuts du jeune pensionnaire de l’Académie de Besançon, déterminé, selon ses propres paroles à œuvrer pour "l’amélioration morale et intellectuelle" des ouvriers, "ses frères et compagnons".
Ses premiers écrits sont essentiellement économiques, leur aspect polémique apparaît dès 1840 avec le très controversé Qu’est ce que la propriété ?
Au delà des formules tapageuses restées célèbres telles que " la propriété, c’est le vol ", Proudhon jette, dans cet ouvrage les bases de sa doctrine qui sont l’abandon de la propriété pour la possession, la totale liberté des membres de la société et l’échange.
Proudhon expose dans deux ouvrages : De la création de l’ordre dans l’humanité et Contradictions économiques, une théorie qui sous-tendra toute sa réflexion future : l’organisation de la société par l’équilibre des antinomies. La coexistence des antagonismes serait au cœur de la vie sociale, c’est pourquoi il soutient l’idée de la création de groupes d’intérêts fondés sur les différents secteurs de la vie économique, il avance ainsi l’idée du mutuellisme.
Commence alors le lent clivage avec les socialistes de son temps, qu’il s’agisse des hommes politiques français tels que Louis Blanc et Pierre Leroux, ou des penseurs allemands tels que Marx.
Son amour de la liberté lui interdit d’adhérer aux théories centralisatrices de ces derniers.
La seconde partie de la biographie montre un Proudhon spectateur et acteur de son temps en nous livrant ses convictions politiques tout au long de la Révolution de 1848 et de l’éphémère Seconde République.
Très réticent à la campagne des banquets et à l’insurrection de 1848, Proudhon soutient que la révolution politique n’est rien sans la révolution économique et sociale. Il ne croit pas en l’efficacité du suffrage universel sans l’éducation du peuple et considère que la république n’est qu’un transfert de l’autorité. Il se démarque ainsi des démocrates et des socialistes en avançant la primauté de l’économique sur le politique et en imaginant une société sans gouvernement, se dirigeant elle-même par la conciliation des intérêts des diverses communautés économiques.
Pour ce faire, la société doit tout d’abord être égalitaire et fondée sur le principe de l’échange et l’organisation des forces économiques (idée de la banque d’échange et du crédit gratuit).
C’est par ces idées qu’il est considéré comme le père de l’anarchisme, mais un anarchisme positif et pacifique (cet attachement à la légalité est un corollaire au fait que Proudhon, comme le souligne Anne-Sophie Chambost, n’est pas un homme de barricades)
14 commentaires
Carlita
Filou
Mais quand bien même il eût été particulièrement antisémite et sexiste pour l'époque, cela n'empêche que se focaliser là-dessus me semble abusif, surtout que je ne considère pas que les exemples cités en commentaires suffisent à parler de théorie - ce n'est pas du Drumont, quand même !
Un intellectuel français du XIXè qui (si l'on en croit le résumé du livre) pense fédéralisme au lieu de centralisation, pense possession au lieu de propriété, pense la démocratie au delà du simple principe de l'élection, : c'est là que se trouvent les faits notables, et qui à mon avis peuvent intéresser le lecteur.
Patrick
Le "mais" est de trop.
Cette phrase dénigre le mouvement libertaire en posant comme évident que les anarchistes seraient négatifs et violents.
N'étant pas embrigadés par des chefs, les libertaires sont de tous poils et utilisent toutes sortes de modes d'actions.
Et l'histoire a montré les que les anarchistes étaient aux premières lignes du pacifisme et on été une constante force de proposition de principes et concepts qui sont devenus depuis des évidences.
ASC
Dico
"Tel est, madame, le résultat de mes observations directes et positives", Proudhon.
"je le hais avec réflexion", Proudhon
Les éléments semblent être réunis.